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Denier de l'Eglise du Cantal 2022

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La Minute Patrimoine
avec Pascale Moulier,
archiviste-bibliothécaire
du diocèse

Publié par Paroisse Saint Laurent en Châtaigneraie

Le 17 avril dernier, nous avons célébré, dans la joie, la fête de Pâques. Le dimanche 5 juin, nous célèbrerons la fête de Pentecôte qui conclût le temps pascal. Pendant ce temps pascal, l'Eglise nous fait revivre cette période où les apôtres, après l'épreuve de la passion et de la mort de Jésus, sont tout à la joie de le revoir vivant, de l'écouter et de recueillir précieusement ses dernières recommandations. Ils participent fidèlement à la prière avec quelques femmes dont Marie, mère de Jésus.

Pendant ce temps pascal, l'Eglise nous invite aussi à faire notre prière par l'intercession de la Sainte Vierge Marie et à prier le Christ avec elle pour qu'il nous comble de son Esprit. En effet, traditionnellement, le mois de Mai est le mois de Marie.

C'est d'ailleurs un point de désaccord avec nos frères et soeurs protestants car le culte rendu à Marie n'existe pas chez eux. Ceux-ci s'interdisent en effet d'accorder à la Vierge une place plus importante que celle qui lui est accordée dans la Bible. Ils l'affectionnent, mais ne l'exaltent pas comme le font les catholiques. Pour eux, le chrétien est seul responsable devant son Dieu. Il peut directement dialoguer avec ce dernier, et ne doit donc pas passer par un intermédiaire, qu'il s'agisse de Marie ou de saints.

Il est parfois surprenant de voir ce que certains catholiques réservent, dans leur vie et leur prière, à la mère de Jésus, au point de lui rendre un culte trop ostentatoire. En effet, le culte marial, n'est pas une fin en soi comme si Marie était Dieu. Elle est plutôt là pour nous aider à avancer vers son Fils, elle nous y conduit. Avec elle, nous nous tournons vers celui qu'elle a suivi et nous adoptons son attitude de femme humble et discrète.

La maternité spirituelle et le culte de Marie

Si les textes qui lui sont consacrés sont relativement peu nombreux, Marie est cependant présente à des moments-clés des récits évangéliques, notamment en lien avec la naissance et la mort du Christ. Peu avant de "remettre l'esprit", Jésus s'adresse à Marie et au disciple qu'Il aimait : "Femme, voici ton fils. Il dit ensuite au disciple : Voici ta mère. Et depuis cette heure-là, le disciple la prit chez lui" (Jn 19, 26-27).

Pour l'Eglise, ces derniers versets constituent le fondement théologique principal de la maternité spirituelle de Marie. Le "disciple que Jésus aimait", dans l'évangile de Jean, personnifie tous les disciples à venir de Jésus ; il est, pour ainsi dire, le "modèle-type" du chrétien. Aussi, depuis l'Antiquité, l'Eglise a compris ce passage comme le don de Marie, par Jésus, à tous les chrétiens comme leur mère. D'où le vocable, par ailleurs assez récent, de Marie comme "Mère de l'Eglise". La maternité de Marie consiste à participer à la naissance et la croissance de la vie spirituelle des chrétiens. Marie a enfanté le Fils de Dieu qui a "pris chair" par elle, "par l'Esprit Saint". Par conséquent, elle peut être appelée "Mère de Dieu", car Jésus est, inséparablement, Dieu et homme. A partir de là, elle contribue aussi, par analogie à la naissance des chrétiens qui, en recevant l'Esprit Saint au baptême, deviennent fils et filles du Père, en Jésus Christ. Marie contribue aussi à leur croissance spirituelle, en tant que modèle de foi et d'amour pour les chrétiens, mais aussi par son intercession. C'est l'origine de la dévotion à la Vierge Marie, qui exprime l'amour des fidèles pour la Mère de Jésus, qui est aussi la leur, et à laquelle ils demandent d'intercéder pour eux auprès de son Fils.

Cette mariologie a été d'ailleurs officiellement confirmée par le concile Vatican II en 1964, dans la constitution dogmatique Lumen Gentium, qui traite de la nature et de la mission de l'Eglise, et qui se clôt par un chapitre consacré à "La Bienheureuse Vierge Marie Mère de Dieu dans le Mystère du Christ et de l'Eglise" (chapitre 8).

Le concile résume ainsi la maternité de Marie : "En concevant le Christ, en le mettant au monde, en le nourrissant, en le présentant dans le Temple à son Père, en souffrant avec son Fils qui mourrait sur la croix, son espérance, son ardente charité, pour que soit rendue aux âmes la vie surnaturelle. C'est pourquoi elle est devenue aux âmes la vie surnaturelle. C'est pourquoi elle est devenue pour nous, dans l'ordre de la grâce, notre Mère" (LG 61).

Ce statut unique de Marie, qui appartient néanmoins "à l'ensemble de l'humanité qui a besoin de salut" (LG 53), implique qu'elle soit "légitimement honorée par l'Eglise d'un culte spécial". "Ce culte, tel qu'il a toujours existé dans l'Eglise, présente un caractère tout à fait unique" (LG 66).

Lumen Gentium apporte une autre précision essentielle : "[...] la Bienheureuse Vierge Marie est invoquée dans l'Eglise sous les titres d'avocate, d'auxiliatrice, de secourable, de médiatrice, tout cela cependant entendu de telle sorte que nulle dérogation, nulle addition n'en résulte quant à la dignité et à l'efficacité de l'unique Médiateur, le Christ" (LG 62). 

Ce caractère unique de la médiation de Jésus est une donnée centrale de la foi chrétienne, comme l'exprime notamment l'épître aux Hébreux : "[...] Et c'est pourquoi il est en mesure de sauver d'une manière définitive ceux qui, par lui, s'approchent de Dieu, puisqu'il est toujours vivant pour intercéder en leur faveur" (He 7, 25).

N'oublions jamais, comme catholiques, que notre véritable intercesseur auprès de Dieu, c'est le Christ, et que l'intercession de Marie pour nous, n'ajoutant rien à l'efficacité de l'unique Médiateur, comme le dit Vatican II, n'intervient que par surcroît.

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