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Denier de l'Eglise du Cantal 2021

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La Minute Patrimoine
avec Pascale Moulier,
archiviste du diocèse

Publié par Paroisse Saint Laurent en Châtaigneraie

© Laurent Ferriere / Hans Lucas via AFP

Monseigneur Eric de Moulins-Beaufort a clôturé l'assemblée plénière des évêques ce lundi 8 novembre matin. Dans l'après-midi, une conférence de presse a été organisée pour détailler les  4 résolutions prises par les évêques de France pour résoudre la crise des abus sexuels dans l'Eglise, quelques semaines après la remise du rapport de la CIASE.

 

 

Discours de clôture par Mgr de Moulins-Beaufort

Mesdames et Messieurs, chers amis qui nous écoutez grâce à KTO ou qui êtes présents dans cet hémicycle,
Chers Frères évêques,
Chers Frères et Sœurs, membres du conseil d’administration de la Conférence des religieuses et religieux de France,

En vous présentant ce matin les travaux de l’assemblée plénière qui s’achève, je veux avoir devant les yeux la photographie de l’enfant qui pleure que vous apercevez derrière moi sur l’écran. Cette photographie, désormais, est fixée au mur du bâtiment qui abrite l’hémicycle où nous nous tenons. Cet enfant pleurait seul, caché sous les voûtes d’une cathédrale. Quelqu’un l’a photographié, quelqu’un qui s’est reconnu en lui, quelqu’un qui, lui aussi, a été victime et a pleuré ainsi, pétrifié, dans une église, à cause d’un homme d’Église et à cause de l’Église. Ce visage habite mon cœur tandis que je vous parle. C’est pour cet enfant qui pleure, petit garçon, petite fille, adolescente ou adolescent, que nous avons réfléchi, travaillé, décidé. […]

"Une réalité que nous ne savions pas voir"

Le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église  […] qui nous a été remis le 5 octobre dernier, a fait apparaître une réalité de l’Église que nous ne savions pas voir. Une de nos invitées nous a rappelé samedi une parole de Jésus : "Ils se sont bouché les yeux, de peur que leurs yeux voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent." (Mt 13, 15). Car il a été mis sous nos yeux et sous les yeux du monde que l’Église, notre Église catholique en France, était un lieu où se commettaient des actes de violences et d’agressions sexuelles sur des personnes mineures dans des proportions effrayantes. À côté des faits dévoilés une fois la parole libérée, – et l’association qui a trouvé et pris ce nom a rendu, de ce point de vue-là, un grand service-, qui ont conduit à décider de la création de la CIASE, nous avons encore, ces dernières années, découvert la réalité d’abus de pouvoir et de faits d’emprise dans des diocèses, des communautés dites "nouvelles" ou dans des instituts religieux. Nous sommes donc obligés de constater que notre Église est un lieu de crimes graves, d’atteintes redoutables à la vie et à l’intégrité d’enfants et d’adultes.

Or, cela ne se peut. Cela ne peut pas être l’Église de Jésus, l’Église fondée dans le don de soi du Seigneur Jésus, l’Église qui a grandi de la souche d’Israël et que les Apôtres ont ouverte à toutes les nations. Puisqu’il en est ainsi, puisque l’enfant qui pleure sous la voûte d’une cathédrale a été multiplié des centaines des milliers de fois, il nous faut bien le reconnaître et le confesser : nous avons laissé se développer un système ecclésiastique qui, loin de porter la vie et d’ouvrir à la liberté spirituelle, abîme, écrase, bafoue des êtres humains et leurs droits les plus élémentaires.

Lorsque nous nous sommes réunis mardi dernier, 2 novembre, surtout après avoir entendu les cinq personnes victimes qui ont accepté de se faire témoins pour nous, nous avons été à nouveau secoués et ébranlés au plus intime. Ce que la CIASE décrit n’est pas notre Église. Nous ne sommes pas devenus prêtres pour avoir part, même malgré nous, à des actes meurtriers. Nous ne sommes pas chrétiens pour entretenir un organisme dangereux pour les autres. Notre réaction à nous, évêques, a donc été : ce mal commis, ce mal existant, nous devons l’assumer. Nous devons l’assumer pour en libérer ceux et celles qui l’ont subi et pour en dégager l’Église afin qu’elle puisse être celle de Jésus de Nazareth. Nous ne pouvons plus nous protéger derrière le droit positif. Nous devons nous montrer les disciples et les serviteurs de Jésus, notre Seigneur, de celui « qui n’a pas retenu jalousement le rang qui l’égalait à Dieu mais qui s’est anéanti lui-même, obéissant jusqu’à la mort et la mort de la croix » (Ph 2, 5).  L’un de nous l’a rappelé : notre justice doit dépasser celle des scribes, nous ne pouvons rester cachés derrière la justice de l’Etat, et moins encore derrière le droit canonique, il nous appartient d’aller au-delà dans un élan vers celles et ceux qui souffrent.

La délicate question du pardon aux victimes

Nous avons reçu mardi dernier le témoignage exigeant de Francis, Guy, Brigitte, Jean-Luc et Véronique. Nous les remercions du fond du cœur d’avoir accepté de venir vivre avec nous ces jours d’assemblée. Nous avons été bouleversés de leur gratitude vendredi à midi et de leur émotion samedi. Nous n’oublions pas toutes les autres personnes victimes, celles qui sont connues et celles qui ne parlent pas. Nous les saluons humblement. Certains se sont étonnés que nous ne leur demandions pas pardon. Nos amis nous ont aidés à comprendre que nous avions du chemin à parcourir. Un évêque nous l’a dit avec force : à Dieu, nous pouvons toujours demander pardon et devant lui nous pouvons compter sur son pardon ; mais nous ne pouvons provoquer un être humain que nous avons offensé à nous pardonner. Sœur Véronique l’a rappelé samedi matin : la parole de pardon que Joseph, selon le livre de la Genèse, a dite à ses frères ne pouvait venir que de lui et elle n’a pu venir qu’au terme d’un long chemin de transformation intérieure de ceux-ci dont la première étape avait été qu’ils reconnaissent entre eux le mal qu’ils avaient fait à leur jeune frère.

Lorsque, vendredi matin, nous avons reconnu notre responsabilité institutionnelle et décidé d’engager un chemin de reconnaissance et de réparation ouvrant pour les personnes victimes la possibilité d’une médiation et d’une indemnisation, nous l’avons fait à cause de ce que la CIASE nous a mis sous les yeux et parce qu’elle nous a indiqué fortement ce chemin-là ; nous l’avons fait parce que des fidèles très divers, plongés dans la honte, l’attendaient de nous et nous l’avaient fait savoir fortement, parce que la société nous y sommait de bien des manières, mais nous l’avons fait surtout parce que nous avons senti le regard de Dieu sur nous, parce que nous avons senti monter en nous le dégoût et l’effroi en réalisant ce que tant et tant de personnes avaient vécu et vivaient de souffrances, là même où elles étaient en droit de recevoir la lumière, la consolation, l’espérance de Dieu. Nous l’avons fait en pensant à chacune et à chacun d’eux, à chacun de ces enfants, petits garçons, petites filles, adolescents, adolescentes, qui pleurent en secret dans le fond de leur âme et jusqu’au dernier jour de leur vie d’adultes. Nous en avons rencontré quelques-uns dans nos diocèses. Leur image nous habite, comme le symbolise désormais devant le bâtiment de notre hémicycle la formidable et terrible photographie devant laquelle je vous parle.

"Sans le vouloir nous étions complices"

Il était temps que nous franchissions ce pas. Il était attendu de nous depuis longtemps et la CORREF l’avait engagé. Nous avons franchi cette étape, en réalisant que, sans le vouloir, nous étions complices, nous laissions s’exercer des actes inqualifiables, nous passions du temps à faire des enquêtes, à lancer des procédures, à trembler en nous demandant ce que tel prêtre pouvait faire ou non, à redouter que quelqu’un se mette à parler encore, à recevoir des personnes victimes et à découvrir des taches nouvelles sur la réputation de tel prêtre ou tel laïc agissant dans l’Église. Il était de notre devoir de marquer nettement que nous ne pouvions pas supporter que l’Église soit cela. Nous l’avons fait parce que nous avons eu peur de manquer à Jésus.

Cette décision, permettez-moi de le dire, est pour nous tous une libération. Nous sommes libérés de pouvoir manifester que notre Église, celle à laquelle nous appartenons et que nous voulons servir, ne peut pas être une institution préoccupée d’elle-même, engoncée dans l’auto-glorification. L’évangile de ce dimanche nous a confirmés dans ce choix. Pour servir la véritable Église du Christ, nous ne pouvons pas être des âmes riches qui jettent de leur superflu dans le tronc du Temple, nous voulons choisir d’être du côté de la pauvre veuve qui donne les deux piécettes de son indigence. […]

"Nous avons besoin d’une aide extérieure"

Nous avons compris que nous avions besoin d’aide extérieure. Le concile Vatican II nous l’avait dit dans la constitution pastorale Gaudium et Spes, en son numéro 40, §4 : L’Eglise "est fermement convaincue que, pour préparer les voies à l’Évangile, le monde peut lui apporter une aide précieuse et diverse par les qualités et l’activité des individus ou des sociétés qui le composent." Nous ne sommes pas formés pour être des enquêteurs, ni des procureurs, ni des juges d’instruction. […] Nous avons tout à gagner à conclure des protocoles avec les procureurs. Nous avons tout à gagner à nous en remettre avec confiance aux services de la justice et de la police de notre pays. […] De manière plus générale, le pardon de Dieu ne peut servir de prétexte à quiconque qui aurait commis un crime ou un délit pour échapper à la justice des hommes. Au contraire, ce pardon devrait fortifier le coupable pour qu’il se prépare à rendre compte de ses actes et à en assumer les conséquences. Il l’assure que sa dignité profonde sortira grandie de cette épreuve de vérité.

"Nous évêques, ne sommes pas seuls"

Notre décision de vendredi matin et celles que nous avons adoptées en ce lundi au terme de nos sept jours d’assemblée marquent un pas décisif. De la prise en considération première des personnes victimes, nous avons reçu la liberté d’ouvrir le travail sur nos fonctionnements ecclésiastiques ou ecclésiaux de manière large, stimulé par les nombreux invités qui ont bien voulu nous rejoindre vendredi.

 […] Il était bon pour nous d’éprouver qu’il valait la peine sans doute d’être humiliés, appauvris, diminués, si cela peut nous aider à mieux rencontrer les pauvres, les exclus, les méprisés, celles et ceux qui ont du mal à parler ou plutôt que l’on a du mal à écouter, puisque le Seigneur que nous voulons suivre est venu en priorité pour eux. Nous avons reconnu qu’il y avait là un chemin pour être émondés, selon l’image qu’utilise Jésus, comme sa vigne, afin de porter du fruit, un fruit réjouissant. La belle rencontre de dimanche matin avec Mme Véronique Devise, nouvelle présidente du Secours catholique, et Mme Francine Guilbert, nous a encouragés encore à avancer dans ce chemin.

Nous avons éprouvé en ces deux demi-journées comme il est doux de se parler du fond du cœur, comme il est bon de reconnaître ses torts et ses fautes auprès d’un ami, comme il est fortifiant de se laisser relever par une sœur ou un frère qui se révèlent encore plus proches, encore plus encourageants qu’on aurait pu l’imaginer.

Les échanges ont été denses, ils ont été courts. Les temps de travail commun ont été contraints par le temps, écrasés par la masse des sujets à prendre en compte : les 45 recommandations de la CIASE qui se démultiplient facilement en cinq ou six sujets. Pourtant, même si bien des frustrations et des déceptions demeurent, ces temps ont été féconds. Ils ont été stimulants. […] Nous, évêques, réalisons que nous pouvons avancer, car nous ne sommes pas seuls, nous n’avons pas à tirer tout un troupeau qui résisterait, nous sommes accompagnés par des sœurs et des frères qui brûlent autant ou plus que nous de l’amour du Seigneur et du désir de vivre de lui et d’offrir à d’autres de s’y essayer.

[…] Nous sentons autour de nous l’attente des fidèles qui deviennent des disciples missionnaires. Leur volonté que l’Église puisse remplir sa mission nous fortifie : nous leur devons que l’Église soit lumineuse de la lumière du Sauveur.

Scruter la "paternité" du prêtre

Nous sommes devenus prêtres pour servir l’œuvre de la grâce du Christ et être témoins actifs de la miséricorde de Dieu devant nos contemporains et non pour exercer un pouvoir exclusif. Nous avons accepté d’être nommés évêques pour travailler à ce que tous les humains bénéficient de près ou de loin de la puissance du Christ mort pour notre péché et ressuscité pour notre vie, et non pour accroître notre pouvoir et entrainer des régiments, mais. Nous sommes devenus prêtres pour apporter humblement quelque chose de la consolation du Christ, pour assurer beaucoup de la proximité de Dieu, et certainement pas pour que des hommes ou des femmes pleurent à cause de nos fonctionnements paroissiaux. […]

On ne peut s’empêcher de se demander : pourquoi tant d’abus et de violences sexuelles dans l’Église catholique ? Peut-être parce que nous nous efforçons d’y vivre des relations denses. Nous ne nous contentons pas de nous tenir à distance les uns des autres, nous aspirons à vivre des relations de fraternité les uns à l’égard des autres. Grâce à la CIASE, nous constatons et c’est un constant effrayant, que les relations fortes, les relations structurantes de l’humanité peuvent toujours être perverties et le sont dans une proportion que nul ne peut dire négligeable. Le mal est toujours plus proche de nos âmes qu’il y paraît. Nous devons donc redoubler de vigilance, être lucides, ne pas nous laisser tromper par les mots que nous employons. Il me semble en particulier que la métaphore de la paternité devrait être scrutée sous tous les angles, car il y a une paternité incestueuse, même symboliquement, qu’il faut rejeter avec horreur.

Le défi du temps à venir est précisément celui-ci: comment continuer à vivre des relations fortes, denses, comment ne pas y renoncer tout en étant prudent à l’égard de soi-même et des autres, tout en étant sans compromission avec toute atteinte à l’intégrité et aux droits de chacun. La paternité spirituelle est une immense chose, mais elle ne se décrète pas, elle se constate après coup, dans ses effets fortifiants et libérateurs, car la vraie paternité ne saurait jamais consister à ce que l’un fasse de l’autre sa chose ou le traite comme tel ni à ce que l’un maintienne l’autre en étant de minorité, tandis que la juste fonction paternelle conduit nécessairement à l’âge adulte et à l’émancipation.

Demander l’aide d’un envoyé du pape en France

L’ensemble des résolutions que nous avons votées constitue un vaste programme de renouvellement de nos pratiques de gouvernance à l’échelle des diocèses et à l’échelle de l’Église en France. Nous transmettrons au Saint-Père, après les avoir retravaillées un peu, les recommandations de la CIASE qui concernent l’Église universelle. Nous avons décidé ensemble de demander au Pape, puisque nous sommes nommés par lui, de venir à notre aide, en envoyant quelqu’un en qui il a confiance examiner avec nous la manière dont nous avons traité et traitons les personnes victimes et leurs agresseurs. Nous avons décidé la constitution d’une série de groupes de travail chargés de réfléchir à des aspects différents de notre gouvernance diocésaine ou nationale et de nous faire des propositions. Ces groupes seront pilotés par une personne laïque, composés de membres du peuple de Dieu de différents états de vie. Sous la stimulation d’un coordinateur, ils établiront leur agenda et rendront compte de leurs travaux en amont des assemblées plénières.

Nous nous réjouissons de pouvoir avancer dans ce grand travail de manière synodale, en faisant confiance au sens de la foi, le fameux sensus fidei, des fidèles laïcs, prêtres et diacres, consacrées et consacrés. Il ne s’agit pas de faire avancer des idées, de réaliser un programme, mais de discerner ensemble, après avoir écouté ensemble ce que Dieu nous dit, après nous être écoutés mutuellement patiemment et en acceptant que toutes les expressions comptent. Il nous faudra veiller, dans les groupes de travail que nous appelons à se constituer, à ce que la voix des pauvres, des jeunes, des personnes en activité, des enfants même, nous a-t-on rappelé, puisse être entendue. Ces groupes de travail sont chargés de préparer les décisions qui seront adoptées, chacune selon sa nature, selon des échéances différentes de court, moyen ou long terme, peut-être après des expérimentations qu’il faudra évaluer.

L’apport des laïcs et d’un regard féminin

Nous, évêques, avons beaucoup à gagner à être aidés dans notre manière d’accompagner les prêtres de nos diocèses et les diacres aussi. […] Le but est que chaque prêtre soit entouré par l’amitié exigeante mais réelle des fidèles auxquels il est envoyé. Il n’est pas question d’entretenir une culture de la suspicion, mais il est urgent d’enraciner en nous tous la capacité à nous dire clairement ce que nous avons à dire et à nous entraider pour répondre à l’appel reçu. L’enseignement catholique nous a montré que la culture de l’évaluation dont vivent désormais nos sociétés occidentales pouvait sans doute générer des procédures épuisantes, mais qu’elle offrait aussi de belles opportunités de mieux se connaître et de progresser. L’entrée en vigueur progressive, à mesure que les livres seront disponibles, de la nouvelle traduction du missel nous offre à tous, prêtres, diacres et laïcs, une belle opportunité de redécouvrir le sens de ce que nous célébrons et de nous y ajuster non pas seulement dans les rites mais dans notre vie, nos pensées et nos actions. Les évêques remercient chaleureusement celles et ceux qui ont porté ce grand travail.

Beaucoup de nos invités nous ont dit avoir découvert la charge qui pèse sur nos épaules et dont nous portons une partie seuls ou assez seuls. Nous avons reçu d’eux des propositions d’aide. Le temps que nous avons vécu ensemble nous a convaincus que nous pouvions apprendre à partager la construction des décisions pour un meilleur service du peuple de Dieu. Il y aura toujours à décider, mais il y a aussi à déléguer et plus encore à se laisser conseiller en vérité, à craindre même les décisions que l’on prend seul pour aller plus vite ou parce que l’on se sent pressé par l’urgence.

Un synode "providentiel" sur la réforme de l’Eglise

L’Église catholique est tout entière lancée dans un processus synodal. Il démarre doucement et inégalement selon l’intérêt et l’énergie de tel fidèle ou de tel prêtre ou diacre. Qu’il démarre au moment où notre Église de France reçoit le choc du rapport de la CIASE et est obligée de regarder sa face sombre nous paraît providentiel. La miséricorde de Dieu met à nu ce qui fait notre honte mais pour nous permettre d’en être libérés et soignés, peut-être un jour guéris, et elle nous indique un chemin de relèvement. Les groupes de travail que nous allons constituer veulent être une expérience de synodalité. Nous souhaitons en élargir l’assise. Nous invitons aussi les équipes synodales qui se sont constituées ou qui se constitueront encore à s’emparer des sujets pour lesquels nous constituons des groupes de travail et à partager à ceux-ci leurs réflexions. […]

Tous, nous poursuivons notre transformation pastorale. Nos Églises particulières apprennent à vivre avec moins de prêtres, des prêtres avec qui nous avons à découvrir comment mieux accomplir l’œuvre pour laquelle le Dieu vivant nous a appelés. Nous nous entraidons, en Province et lors de nos assemblées, à imaginer d’autres dispositifs pastoraux que ceux dont nous vivons, pour que l’immense grâce du sacerdoce ministériel, l’immense cadeau que Dieu fait à son peuple en chaque prêtre et chaque diacre, puisse porter le plus de fruits de grâce et d’espérance qu’il est possible. Nous disons de tout cœur notre amitié fraternelle aux prêtres de nos diocèses. La phase nouvelle de l’histoire de notre Église où nous entrons devrait être une belle aventure. Nous suivons ensemble le chemin du Seigneur, lui qui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu (Ph 2, 6) et nous savons, nous, que ce chemin conduit de la mort à la vie, de la dispersion à l’unité dans la communion.

"Simplifier nos structures"

Cette assemblée nous a permis aussi de recueillir les fruits des ateliers que les évêques ont tenus à plusieurs provinces en septembre et octobre pour faire le point sur l’organisation de notre Conférence et imaginer des moyens de renouvellement. Les facilitateurs de Nexus nous ont aidés dans ce travail, ils nous en ont donné une restitution. Quelques pistes se dégagent : renforcer le rôle des Provinces, travailler à tous les niveaux plus synodalement, simplifier nos structures. Un progrès semble possible et nécessaire dans l’articulation entre le conseil permanent et l’ensemble des évêques et dans la fluidité entre le conseil permanent, les conseils et commissions et les services. Nous ne sommes pas au bout du chemin, mais un chemin est possible et il a été balisé. Il nous reste à le parcourir étape par étape. Le processus synodal engagé nous y aidera.

La vérité de l’Église, de l’Église de Jésus, nous avons à la chercher dans une écoute renouvelée des pauvres et des petits, de celles et ceux qui sont les victimes ou les laissés pour compte de notre vie collective. […]

Cop 26, immigration et chrétiens d’Orient

Notre assemblée s’est tenue en même temps que la COP 26 avait lieu à Glasgow. Certains observateurs trouveront sans doute que notre temps "Clameur de la terre, clameur des pauvres" ne nous a pas apporté de grandes lumières sur la crise écologique et la transformation nécessaire. En réalité, nous en tirons une conviction redoublée : toute décision devrait partir de l’écoute des plus pauvres et de leurs besoins, de leur sagesse aussi. Le pape François le dit et le répète. Il nous reste à en vivre nous-mêmes. Nos sociétés d’abondance et de surabondance ne cessent pas d’exacerber les désirs alors qu’il est urgent que nous apprenions tous à nous émerveiller du beaucoup qui nous est donné dans un petit peu. […]

Le drame des personnes migrantes qui se trouvent dans notre pays sans trouver comment s’y établir ne cesse de se répéter. A Briançon comme à Calais, des chrétiens se sont inquiétés, les évêques ont fait part de leurs inquiétudes et de leur indignation. Notre pays n’en finit pas de se débattre avec ce fait historique massif. Puissions-nous, nous catholiques, être de celles et de ceux qui ne réagissent pas par la peur, mais cherchent les voies de la fraternité. Il y va de l’histoire de l’humanité.

Je voudrais encore, excusez-moi, mentionner deux pays parce qu’ils sont proches du nôtre et de notre Église et parce que leur population à l’un comme à l’autre depuis quelques mois perd l’espoir. Il s’agit du Liban et d’Haïti. Avec les vice-présidents, nous envisageons de nous rendre en visite au Liban après Pâques. Plusieurs diocèses ont des liens étroits avec des diocèses libanais, L’œuvre d’Orient et d’autres œuvres y apportent une aide appréciée. L’ambassadeur du Liban en France a tenu à nous en remercier.  Il est douloureux de constater que ce peuple si vivant, si entreprenant, ne croit plus guère en son avenir. Ce que nous ferons pour que les écoles et les universités y restent ouvertes et pour que les soignants y demeurent sera utile pour l’avenir. Quant à Haïti, ses liens avec notre pays sont pleins de douleurs. […] Tant le Liban qu’Haïti sont des signaux intenses de la situation réelle de notre humanité.

Notre assemblée, chers amis, qui m’écoutez en ce jour, a été dense. A vrai dire, nous avons vécu trois ou quatre assemblées en une seule. […] Pour notre part, nous rentrons dans nos diocèses sans doute fatigués par cette session pleine d’émotions, de douleurs, d’inquiétudes, de fraternité, d’intenses moments de partage. Nous rentrons libérés, je crois, et pleins de l’humble vertu de l’espérance. Avant que nous nous quittions, je vous propose de regarder un moment ensemble encore l’enfant qui pleure, l’imbroglio de sa vie, et d’y reconnaître notre frère et aussi notre Seigneur.

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