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Denier de l'Eglise du Cantal 2021

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La Minute Patrimoine
avec Pascale Moulier,
archiviste du diocèse

Publié par Paroisse Saint Laurent en Châtaigneraie

© Valentine Chapuis / AFP

A Lourdes, les évêques accompagnés de victimes et des laïcs invités à l’assemblée plénière ont posé un geste pénitentiel fort samedi 6 novembre au matin. Une photo en mémoire des victimes a été dévoilée.

Ce ne fut qu’une première étape mais elle est importante dans le processus de demande de pardon à l’égard des personnes victimes. Après avoir reconnu la veille la responsabilité institutionnelle de l’Eglise dans la perpétuation et la gestion des abus sexuels, les évêques de France ont posé, samedi 6 novembre au matin, deux gestes forts au cinquième jour de leur assemblée plénière. Entourés des victimes et laïcs invités à participer à leurs travaux, et conjointement avec la présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France (CORREF), sœur Véronique Margron, ils ont d’abord dévoilé sur la façade de l’hémicycle une photo réalisée par une personne victime en mémoire de toutes les personnes agressées sexuellement au sein de l’Eglise.

"Il est trop tard pour que nous puissions essuyer vos larmes"

Intitulée Imbroglio, cette photo montre une statue représentant le visage d’un enfant en pleurs. "Dans les yeux de l’enfant se mêlent la souffrance de la violence subie, le déni de sa parole et une grande solitude", a expliqué Véronique Garnier, une des victimes présentes, en reprenant les mots de l’auteur du cliché. Cette photo constitue une pierre d’attente avant la réalisation d’un futur lieu mémoriel déjà décidé par les évêques et qui sera érigé dans les prochains mois à Lourdes.

"Petits garçons, petites filles qui pleurez cachés dans les adultes que tous voient, adolescents murés en silence qui vous a été imposé, nous vous devons cela", a déclaré Mgr Eric de Moulins-Beaufort, le président de la conférence épiscopale, dans une allocution poignante. "Il est trop tard pour que nous puissions essuyer vos larmes. Il ne l’est pas de nous souvenir de vous. Votre image placée sous nos yeux, nous voudrions qu’elle imprègne nos âmes. Désormais, je ne peux entrer dans une église sans porter le stigmate de votre visage qui pleure, si pauvre, si touchant, si seul".

Au son du glas

Après ce premier geste, l’ensemble des évêques et des laïcs se sont dirigés, à pied, vers l’esplanade de la basilique Notre-Dame du Rosaire, sur l’autre rive du Gave. "Ce mouvement était important pour nous, a insisté Véronique Margron. Il signifie le nécessaire cheminement que chacun doit faire intérieurement pour remettre les personnes victimes au centre". C’est au son du glas, habituellement utilisé pour les funérailles, que les quelque 300 participants se sont réunis pour un geste pénitentiel. Le glas, sonnerie de la mort, des vies brisées et détruites ; celles des 330 000 victimes recensées par la commission Sauvé.

© Laurent Ferrière/Hans Lucas via AFP

Spontanément, de nombreux évêques et participants se sont mis à genoux, devant une grande croix dressée sur le parvis, pour supplier la miséricorde de Dieu le Père. Entre deux lectures du psaume 22, celui que reprend le Christ en croix - "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?" -, l'assemblée répétait le kyrie : "Seigneur, prends pitié". Puis, tout à tour, Eric de Moulins-Beaufort et Véronique Margron se sont adressés à Dieu au nom de toute l'Eglise. "Ô Dieu que nous osons appeler "Notre Père", pardonne-nous. Tu mets ton Eglise à nu, comme jadis Jérusalem, mis à nu à cause de ses crimes, s'est exclamé le président de la CEF, agenouillé sur les marches de l'esplanade du Rosaire. Nous pensions être préservés par la sainteté de ton Fils (...). Nous découvrons que nous sommes capables, nous tes ministres, te profaner ton don le plus ultime, de transformer en un système humain de dégradation, de mépris, de mort, le don jaillissant de ton Esprit". La célébration pénitentielle a pris fin avec la lecture d'un extrait de la prière eucharistique pour les circonstances particulières, choisie par les victimes, et par un Je vous salue Marie lancé spontanément.

Réparation et justice au préalable

"C’est une demande de pardon adressée à Dieu, et non aux victimes", a précisé le père Hugues de Woillemont, secrétaire général de la CEF, à l’issue de ce temps pénitentiel. En effet, les victimes présentes auprès des évêques depuis cinq jours ne souhaitaient pas une demande de pardon trop rapide mais que l’Eglise s’engage sur un processus long. "Pour que le pardon puisse être accordé, il faut au préalable qu’il y ait réparation et justice", a estimé le porte-parole des évêques. Réunis à Lourdes depuis mardi 2 novembre, les évêques poursuivent samedi et dimanche leurs travaux à huis-clos. Ils devraient annoncer une série de décisions lundi 8 novembre à la mi-journée.

Discours de Mgr Éric de Moulins-Beaufort

Discours de Mgr Éric de Moulins-Beaufort, Président de la Conférence des évêques de France, lors du dévoilement d’une photo dans le Sanctuaire de Lourdes le 6 novembre 2021.

"Petit enfant qui pleure,

Petit garçon qui t’en étais allé servir la messe, plein de fierté, petite fille qui allais te confesser le cœur plein d’espérance du pardon, jeune garçon, jeune fille, allant tout enthousiaste à l’aumônerie ou au camp scout. Qui donc a osé souiller votre corps de ses grosses mains ? Qui a susurré à votre oreille des mots que vous ignoriez ? Qui vous a imposé cette odeur qui vous imprègne ? Qui a fait de vous sa chose, tout en prétendant être votre meilleur ami ? Qui vous a entraîné dans son secret honteux ?

Petit enfant qui, à jamais pétrifié, pleure sous les voûtes d’une cathédrale, petit enfant des centaines de milliers de fois multiplié !

Quelqu’un t’a photographié. Il permet à beaucoup de te voir, de te regarder. Quelqu’un s’est reconnu en toi, a vu en toi l’image de sa destinée brisée, ravagée. Quelqu’un, en te découvrant un jour, a trouvé en toi un frère ou une sœur grâce à qui il allait pouvoir exprimer ce qu’il portait en secret, ce que tant et tant ont porté et portent sans trouver de mots pour le dire, sans trouver, et moins encore, de cœur pour les écouter.

Petit enfant qui pleure sur un pilier d’église, là où tu devrais chanter, louer, te sentir en paix dans la maison de Dieu,

Nous te regardons. Désormais, nous passerons devant toi en te voyant, en t’écoutant. Ô enfant bafoué, enfant humilié, enfant profané qui survit au fond de tant d’adultes ou adolescent suicidé, nous voulons apprendre à te regarder et à entendre le cri muet de ta souffrance.

Petits garçons, petites filles qui pleurez cachés dans les adultes que tous voient, adolescents murés en un silence qui vous a été imposé, nous vous devons cela. Nous vous le devons sous le regard de l’humanité, sous le regard de notre conscience, sous le regard du Christ notre Seigneur, que vous vouliez chanter de toute votre âme, de tout votre être, et devant qui à jamais vous pleurez.

Il est trop tard pour que nous puissions essuyer vos larmes. Il ne l’est pas de nous souvenir de vous. Votre image placée sous nos yeux, nous voudrions qu’elle imprègne nos âmes. Désormais, je ne peux entrer dans une église, pour y célébrer le mystère de la vie et de l’amour plus forts que la mort, sans porter le stigmate de votre visage qui pleure, si pauvre, si touchant, si seul, si désemparé, et si digne surtout. Tout le bien du monde ne rachète pas les pleurs d’un enfant.

Petit enfant qui pleure, petite fille, petit garçon, adolescente, adolescent, moi, Éric, évêque de l’Église catholique, avec mes frères évêques et les prêtres et les fidèles qui le veulent bien, j’implore de Dieu en ce jour qu’il m’apprenne à vous être fraternel."

"Ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait."

Source : Famille Chrétienne

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