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Denier de l'Eglise du Cantal 2021

 

Publié par Paroisse Saint Laurent en Châtaigneraie

Monseigneur Didier Noblot, nouvel évêque de Saint-Flour, vient de l'annoncer officiellement lors d'une vidéo réalisée pendant sa visite ad limina à Rome : le dossier de l'abbé François Filiol a été déposé à la Congrégation pour la cause des Saints en vue d'une béatification.

Comment ça marche ?

Avant de devenir un saint de l'Eglise, la personne doit d'abord être reconnue comme "Vénérable" (c'est le cas pour l'abbé Filiol), un statut qui atteste qu'elle a vécu de façon exemplaire, au plus près des valeurs de l'Evangile. Un statut attribué par l'évêque du diocèse, qui n'a aucune valeur théologique mais qui rend la personne digne d'une vénération locale. 

Trois voix sont requises pour une béatification :

  • celle du peuple chrétien pour la réputation de sainteté ;
  • celle de l'Eglise (le Pape, avec l'aide de la Congrégation pour la cause des Saints) pour la déclaration de l'héroïcité des vertus (héroïcité signifie un don de soi total et durable dans l'amour) ou du martyre du Serviteur ou de la Servante de Dieu, qui est alors appelé Vénérable ;
  • la voix de Dieu par un miracle survenu en lien avec la prière par l'intercession du Serviteur de Dieu. 

A noter néanmoins que la béatification d'un martyr ne requiert pas forcément de miracle car il témoigne déjà d'une aide spéciale reçue de Dieu.

Un délai de cinq ans après la mort de la personne concernée est requis, pour ne pas confondre la réputation de sainteté avec un enthousiasme populaire passager. Mais le Pape peut en dispenser, comme ce fut le cas récemment pour Mère Teresa de Calcutta et pour Jean-Paul II.

Au terme d'une enquête rigoureuse, sous la responsabilité d'un évêque diocésain et le contrôle d'un promoteur de justice, les témoignages et documents recueillis, favorables ou non, sont déposés à la Congrégation pour la cause des Saints, à Rome. Là se déroule un procès contradictoire : un rapporteur est chargé du dossier ; le postulateur promeut la demande ; le promoteur de la foi apporte les arguments contraires. Des historiens et des théologiens interviennent. Les cardinaux et évêques de la Congrégation donnent leur avis sur l'héroïcité des vertus ou le martyre. Leur avis favorable est transmis au Pape, à qui il revient de déclarer l'héroïcité des vertus. Le procès sur le miracle - un fait prodigieux (souvent une guérison physique) inexplicable dans l'état actuel de la science et en lien avec la prière par l'intercession du Serviteur de Dieu - après une enquête diocésaine menée avec la participation d'experts, fait intervenir, à la Congrégation romaine, experts, théologiens et promoteur de la foi. Si les cardinaux et évêques sont favorables, le dossier aboutit sur la table du Pape qui, seul, décide de la béatification.

L'abbé François Filiol

Il est le fils d'Antoine et de Catherine Armand, naquit le 22 août 1764 au village de Bouval, alors paroisse de Pleaux, et baptisé le lendemain. Il était le onzième enfant d'une famille qui devait en compter quatorze.

Après des études au collège de Mauriac, il entra au séminaire de Clermont en octobre 1786. Tonsuré le 2 juin 1787, il fut ordonné prêtre par Monseigneur de Bonal le 26 mars 1789. Il est nommé vicaire à Drugeac en octobre 1790. On trouve sa signature dans les registres de cette paroisse jusqu'au 16 février 1791.

François Filiol refuse de signer la Constitution civile du Clergé lors de la Révolution et de prêter serment à la toute jeune République. Il se range donc parmi les réfractaires. En mai 1792, menacé par la vindicte révolutionnaire, la déportation est décrétée ; François Filiol décide alors de demander un passeport pour l'Espagne qui lui est accordé. Il part en octobre 1792, mais "pris de remords", il revient sur ses pas et se cache désormais, tout en exerçant clandestinement son ministère, tantôt à Bouval chez son père qui lui avait aménagé une cache dans une grange, tantôt à Ally, Enchanet et Brageac, le plus souvent dans les bois, où il fut aidé par Catherine Jarrige, dite Catinon-Menette (béatifiée en 1996 par Jean-Paul II), qui ravitaillait de nuit les prêtres réfractaires de la région de Mauriac. 

Le 8 mai 1793, l'abbé Filiol est arrêté à Bouval sur la commune de Barriac-les-Bosquets (Cantal), chez son père, sur une indication ou un imprudent bavardage. Lors de son arrestation, les paysans tentent tout pour le libérer en s'attaquant même aux gendarmes. Mais le brave abbé les en empêche en leur adressant ces nobles paroles : "Dieu est irrité contre notre chère France et il faut du sang de martyr pour apaiser sa juste colère". Il est guillotiné à Mauriac, le 14 mai 1793, sur la petite place située au chevet de l'église Notre-Dame-des-Miracles, où une croix de bois, actuellement fixée au chevet, commémore le tragique évènement. Catherine Jarrige (dite Catinon-Menette) l'accompagne jusqu'au pied de l'échafaud et recueille sur un linge le sang du martyr. "Que la Terre me parait vile et méprisable quand je regarde vers le Ciel", lance dans ses derniers instants l’abbé dont le sacrifice n’aura pas été vain. L'abbé François Filiol avait 29 ans.

 La "juste colère" semble en effet apaisée, l’abbé est le dernier religieux de la région à être assassiné par la répression révolutionnaire. Catherine Jarrige est arrêtée à son tour mais contre toute attente le tribunal décide de la relâcher. 

Cette période si troublée a fait de nombreuses victimes. Sur notre paroisse, nous connaissons tous l'histoire du bienheureux François-Louis de Méallet de Fargues (1764-1792), natif du village de Vitrac. En 2015, une statue de l'abbé François-Louis de Méallet de Fargues (béatifié le 17 octobre 1926 avec les autres martyrs de septembre) a été inaugurée et bénie par Monseigneur Bruno Grua (relire notre article de l'époque). Elle se trouve dans une niche dans la chapelle de la famille du bienheureux (première chapelle nord) et a été réalisée par un sculpteur de Bavière (Allemagne), en bois de tilleul marouflé.

L'abbé François-Louis de Méallet de Fargues, ordonné prêtre à 22 ans, était vicaire général de son cousin l'évêque de Clermont, Monseigneur de Bonald, qu'il accompagne à Paris quand il est nommé député à la Constituante. Il l'aide à composer ses discours en faveur de la liberté de l'Eglise. En 1792, l'évêque émigre en Hollande ; l'abbé François-Louis de Méallet de Fargues demeure à Paris où il est arrêté le 28 août, pour avoir refusé de prêter le serment constitutionnel. C'est à la prison des Carmes, où il est incarcéré, qu'il donne sa vie pour la foi, à l'âge de 28 ans. Il est massacré aux Carmes le 2 septembre 1792 lors de la Révolution française. Plus d'un millier de royalistes, prêtres, réfractaires et détenus de droit commun sont massacrés par le peuple en armes.

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