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Denier de l'Eglise du Cantal 2021

 

Publié par Paroisse Saint Laurent en Châtaigneraie

Dans quelques jours, nous allons vivre l’ordination de notre nouvel évêque. C’est l’occasion de réfléchir à ce que cela représente pour nous, catholiques de ce diocèse.

Le Concile Vatican II a marqué une évolution profonde en ce qui concerne la compréhension de l’Episcopat. Il en a affirmé la nature sacramentelle et en a tiré de nombreuses conclusions qui façonnent notre manière de vivre en Eglise.

Jusqu’au Concile, cela peut nous étonner, la question de la sacramentalité de l’épiscopat était une question ouverte. On sent que l’on hésite. Le Concile a tranché. Jusque-là le ministère ordonné était compris essentiellement dans son lien à l’Eucharistie. Être ordonné c’était recevoir le pouvoir de consacrer. Dans cette perspective l’essentiel était donné avec l’ordination sacerdotale. L’évêque était en définitive un prêtre à qui le Pape confiait une responsabilité plus large, celle d’un diocèse. Aussitôt nommé il pouvait prendre possession de son diocèse et l’administrer. La consécration épiscopale (on ne parle pas d’ordination) viendrait en son temps. En forçant un peu le trait, on pourrait dire qu’on est là surtout dans l’ordre organisationnel, par nature second. L’évêque coordonne, oriente, unifie mais la réalité ecclésiale essentielle, là où se vit le mystère de la foi, c’est la paroisse confiée à un curé qui la nourrit de l’Eucharistie.  Le diocèse est une sorte de fédération, nécessaire certes, mais seconde. C’est ainsi que les fidèles le ressentent avec un clergé nombreux proche du terrain. L’évêque est perçu comme un administrateur lointain, une sorte de préfet ecclésiastique. On en entend parler pour les confirmations et pour les nominations des prêtres. Nous avons longtemps vécu sur ce schéma.

Le Concile Vatican II a profondément modifié les perspectives en liant le ministère à la construction du Corps du Christ qui est l’Eglise. L’Eucharistie n’est pas oubliée bien sûr mais située dans un cadre plus large. Le Concile a retrouvé là l’intuition des premiers siècles. Successeurs des apôtres, membres du collège épiscopal, cum Petro et sub Petro, les évêques ont en charge ensemble et chacun pour sa part, l’unité de l’Eglise, son universalité, sa tension constante vers l’évangélisation, la mission. Ils reçoivent cette mission du Christ pour son Eglise. Elle vit de l’Eucharistie et des sacrements dont les évêques sont comme les « grands-prêtres ». Le Concile Vatican II exprime sans ambiguïté que le ministère épiscopal est le ministère fondamental. « Le saint Concile enseigne que par la consécration épiscopale est conférée la plénitude du sacrement de l’Ordre, que l’usage liturgique de l’Eglise et la voix des saints Pères appellent le sacerdoce suprême, le sommet du sacré ministère …La tradition montre clairement que l’imposition des mains et les paroles de la consécration confèrent la grâce de l’Esprit-Saint et impriment un caractère sacré de sorte que les évêques, d’une façon éminente et visible jouent le rôle du Christ lui-même, Maitre, Pasteur et Pontife et agissent comme ses représentants » (Constitution sur l’Eglise n° 21). Ce sacrement est reçu par ordination : son rite est tout à fait comparable à celui d’une ordination presbytérale. L’utilisation d’un même mot souligne l’unité du ministère apostolique dans ses trois degrés. Mais c’est à partir de l’Episcopat qu’il faut comprendre le presbytérat et non l’inverse. Les prêtres sont comme la présence de l’Evêque sur le terrain et la réalité ecclésiale fondamentale c’est le diocèse qui rassemble toutes diversités sous la conduite de l’évêque. C’est un renversement de perspective et l’on comprend qu’il faut du temps pour que les fidèles ajustent leur théologie et leur comportement. C’est ainsi qu’il faut comprendre, par exemple, l’importance d’un synode diocésain, qui n’est pas une simple coordination des initiatives paroissiales mais une expression privilégiée du service pastoral confié d’abord à l’évêque pour toute son Eglise. C’est aussi le fondement du presbyterium diocésain. L’exercice du ministère presbytéral, sous l’autorité de l’évêque, est d’essence collégiale. Il ne peut pas y avoir d’exercice isolé du ministère. C’est un non-sens.

On devient donc évêque par ordination. Certes, la nomination est faite par le Pape. L’histoire est passée par là. Mais, tant que l’ordination n’a pas été célébrée, tant que le don de Dieu à son Eglise n’a pas été appelé et accueilli, le nouveau nommé ne peut exercer son ministère apostolique. Cette attente signifie bien qu’il ne s’agit pas d’une réalité administrative, organisationnelle, mais bien d’une réalité spirituelle, d’un acte de Dieu pour son Eglise. Le Père Noblot a été nommé par le Pape le 11 juin mais il se passera quelque chose le 12 septembre, non pas simplement parce que Mgr Noblot inaugurera officiellement son ministère mais parce que ce jour-là, à notre prière, Dieu fera de lui son évêque.

Vivons donc ce moment avec foi. Accueillons le don de Dieu, au jour de l’ordination et dans la vie quotidienne de notre Eglise. C’est par la singularité d’une personne humaine, certes, avec son histoire, son expérience, ses qualités et ses limites, que Dieu se donne mais c’est d’abord le don de Dieu qu’il nous faut accueillir pour faire vivre dans l’unité et le dynamisme missionnaire l’Eglise de Saint-Flour.

                                                                                   + Bruno Grua
Administrateur apostolique

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