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Denier de l'Eglise du Cantal 2021

 

Publié par Paroisse Saint Laurent en Châtaigneraie

Le pèlerinage en l'honneur de saint Antoine le Grand le jour de l'Ascension (jeudi 13 mai) sera quelque peu modifié en raison du contexte sanitaire. La procession et les temps de prières entre l'église Saint-Martin de Marcolès et l'église de Saint-Antoine n'auront pas lieu pour éviter un attroupement trop important sur la voie publique. Il en est de même pour la procession entre Leynhac et Saint-Antoine. Seule la messe sera célébrée à 11h00 dans l'église de Saint-Antoine dans le respect des règles sanitaires en vigueur. Les reliques de saint Antoine le Grand seront présentées aux pèlerins néanmoins la vénération par le baiser sera limitée au célébrant seulement. Les moments de convivialité, le repas et les manifestations après la messe sont également annulés. 

Le protecteur des pauvres et des malades

Statut du saint dans l'église - © ER

Saint Antoine le Grand était un ermite égyptien du IVe siècle. Il est également connu comme Antoine d'Egypte, Antoine l'Ermite, ou encore Antoine du désert. C'est un moine considéré comme le père du monachisme chrétien. Sa vie nous est connue par le récit qu'en a fait Athanase d'Alexandrie vers 360. Il serait né vers 251 et mort vers 356 à l'âge de 105 ans, entre les bras de ses deux disciples, Macaire l'Ancien ou Macaire d'Egypte et Amathas (voir sa biographie).

Après sa mort en 356, sa dépouille fut transporté à Alexandrie puis à Byzance. En 1070, lors d'une croisade, elle fut remise au croisé Jocelyn, baron du Viennois, à la condition qu'elle reçoive une digne sépulture et qu'un cloître soit bâti auprès de son tombeau. Le corps du saint fut ainsi ramené dans un village du Dauphiné situé près de Vienne, qui prendra plus tard le nom de Saint-Antoine-L'Abbaye. En 1095, à la suite d'une guérison miraculeuse, le pape Urbain II autorisa la création d'un ordre hospitalier, l'ordre de Saint-Antoine de Viennois, qui devait faire preuve de charité envers les pauvres et les malades. L'ordre implanta alors une abbaye à Saint-Antonin-L'Abbaye et des commanderies dans l'Europe entière. Une commanderie était à l'origine un établissement hospitalier ou une maison-forte dans lesquels les voyageurs, les pèlerins et les malades trouvaient gîte, soin et protection. Elle était de plus un relais entre les possessions de l'ordre ainsi qu'une exploitation agricole et relevait directement de l'abbaye-mère.

Une commanderie à Saint-Antoine

Vestige portail primitif XIIIe siècle - © ER

Dans les relevés de l'ordre à la fin du XIVe siècle, l'Auvergne est partagé en deux commanderies régionales :
- Frugères-Les-Mines en Haute-Loire,
- Boutiers-Saint-Trojan en Charentes, à 5km de Cognac, dont dépendaient les commanderies de Saint-Antoine de Marcolès et de la Fouillade à Vernols (près d'Allanche) dans le Cantal.

La commanderie de Saint-Antoine près de Marcolès a été fondée vers 1200 par le baron de Calvinet, jusqu'à son union en 1703 au monastère de Montsalvy, sur ordre de Louis XIV. Il y est dit par exemple qu'en 1523, la commanderie a comme prieur noble Jean de Méallet de Vitrac et qu'en 1658, Bernard Berenguier de Conquans y est nommé commandeur. On y découvre aussi l'origine du nom Saint-Antoine, protecteur du "feu sacré" (la peste noire). La commanderie de Saint-Antoine, à mi-chemin des forts de Marcolès et de Leynhac dépendait à cette époque de Marcolès.

En 1544, la commanderie est en partie détruite par les Huguenots et sera reconstruite en partie 40 ans plus tard. En 1703, par ordre de Louis XIV, la commanderie est unie au monastère de Montsalvy et devient un simple prieuré dont le titulaire, nommé par le Prince de Monaco(1), garde le titre de commandeur. Elle n'a plus alors aucun lien avec l'abbaye de Saint-Antoine-du-Viennois et l'ordre des Antonins. Au fil des ans, un village d'une vingtaine de feux s'installe aux alentours de la commanderie.

Saint-Antoine était par ailleurs connu pour ses foires. Au XVe siècle, le 17 janvier, fête de saint Antoine, de nombreux marchands forains viennent installer leur étal. C'est d'ailleurs sans doute pour cette raison que les notaires Bardy, originaires de Saint-Etienne-de-Maurs, s'y sont installés.

Saint-Antoine n'a jamais été sous l'Ancien régime une paroisse au sens où l'entendait le découpage administratif d'alors. Elle l'est devenue ensuite, après la Révolution, quand l'Eglise n'a plus eu la haute-main sur l'organisation administrative du pays. Saint-Antoine, hameau de Leynhac, est devenue une commune après 1790. Saint-Antoine n'a jamais rien eu à voir avec Marcolès au niveau du découpage administratif. C'est en 1840 que Saint-Antoine devient une commune indépendante de celle de Leynhac. 

Les armes de la commanderie de Saint-Antoine de Marcolès sont "d'argent à une croix de sable au pied de laquelle passe un sanglier de même".

Messe du pèlerinage (archives) - © ER

Un pèlerinage remontant au XIIIe siècle

Les pèlerinages à l'église de Saint-Antoine en l'honneur du saint protecteur des "pauvres ardents" ont lieu, semble-t-il, dès la fin du XIIIe siècle.

Ils se multiplient par la suite quand saint Antoine devient le protecteur de nombreuses maladies, en particulier lors des épidémies de peste. On y vient de toute la région depuis Aurillac. 

Ytrac dédia même une chapelle et un autel à saint Antoine dans l'église Saint-Julien. En effet, la terrible épidémie de peste de 1628 à 1630 poussa les paroissiens d'Ytrac à se mettre sous la protection du saint patriarche qui avait le pouvoir d'éteindre les ardeurs mortelles qui consumait les corps.

Ce fut là, sans doute, l'origine de ce grand rassemblement de pèlerinages qui porta les fidèles à vénérer les reliques de saint Antoine le Grand dans le sanctuaire de Saint-Antoine dépendant de la célèbre abbaye viennois.

Les reliques du saint - © ER

Avant la Révolution, il s'y faisait un concours prodigieux. On y venait en procession de toutes les paroisses des environs jusque d'Ytrac, comme on le voit par un titre conservé dans les archives de l'église de Marcolès où il est dit que la procession d'Ytrac, venant de Saint-Antoine, entra dans l'église de Marcolès pour y vénérer les reliques de saint Martin.

La Révolution vint arrêter cet élan de foi et de piété et fit disparaître l'autel, la chapelle et le culte du créateur de la vie cénobitique (moine qui vit en communauté). La toiture s'effondra et la nef fut utilisée comme parc à bétail les jours de foire. L'ordonnance royale de 1829 mit fin à cette situation et des réparations furent entreprises.

De nos jours, le pèlerinage perdure et a lieu tous les ans le jeudi de l'Ascension. Les pèlerins viennent vénérer les reliques de saint Antoine le Grand et des processions ont encore lieu entre Marcolès et Saint-Antoine (4 km) et Leynhac et Saint-Antoine (5 km). On y vient notamment amener les enfants qui ont du retard pour parler.

Une église méconnue à découvrir

Croix en Tau et culot dans l'église - © ER

Dans l'église actuelle, la croix de Saint-Antoine ou croix en tau (une croix qui prend la forme de la lettre grecque tau) apparaît sur de nombreux tailloirs et abaques. Il s'agit du signe des religieux et chevaliers Antonins (ordre hospitalier de Saint-Antoine ou des Antonins). Il était porté brodée sur la robe de bure à capuchon et est devenu chez cet ordre l'emblème héraldique d'une béquille, rappel de la canne des infirmes que les Antonins soignaient, ainsi que des lépreux qui prévenaient de leur approche en agitant une clochette en amulette sur lequel était gravé ce signe. Saint François d'Assise utilisait souvent ce signe.

Les nombreux culots représentent de curieux personnages figuratifs. On retrouve même sur une des clés de voûte, le blason de l'un des tous premiers commandeurs de Saint-Antoine. 

Porte de la sacristie - © ER

L'association de la Commanderie de Saint-Antoine-de-la-Charité-lès-Marcolès veille à la sauvegarde du patrimoine historique de la commanderie de Saint-Antoine-lès-Marcolès, de son église et de ses dépendances en lien avec la mairie de Saint-Antoine, la paroisse Saint Laurent en Châtaigneraie et la conservatrice des Antiquités et Objets d'Art du Cantal. Elle est également chargée des liens avec l'association française des Amis des Antonins et les autres commanderies du même ordre. Elle anime également le pèlerinage annuel en étroite collaboration avec la paroisse Saint Laurent en Châtaigneraie. Des panneaux d'information retraçant l'histoire de la commanderie sont visibles à l'intérieur de l'église.

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(1) Prince de Monaco : par le traité de 1643, il est devenu seigneur de la baronnie de Calvinet et comte du Carladès. Le roi lui a cédé cette vicomté érigée pour l'occasion en comté pour le dédommager de ses pertes territoriales espagnoles qu'il avait dû subir du fait de sa prise de position en faveur du roi de France (Louis XIII) contre l'Espagne.

Intérieur de l'église - © ER
Extérieur de l'église - © ER

 

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