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Denier de l'Eglise du Cantal 2021

 

Publié par Paroisse Saint Laurent en Châtaigneraie

Les commentaires sont unanimes : entre un deuxième confinement qui nous a assommé et un (potentiel) troisième confinement qui nous inquiète déjà, "on a sauvé Noël" ! Mais n’est-ce pas plutôt l’inverse ? N’est-ce pas au contraire Noël qui nous sauve ? En effet, nous n’y fêtons pas seulement la naissance bucolique d’un bébé dans la paille d’une étable – et pourtant "qu’il est beau, qu’il est charmant" ! -, mais la naissance du Sauveur du monde.

Or, comme le disait Madeleine Delbrêl, poète et mystique chrétienne du 20ème siècle, "il faut se savoir perdu pour vouloir être sauvé". En ce sens, l’année 2020 nous y a bien aidés. C’est quasiment la crise à tous les étages : sanitaire, économique, social, politique, écologique… Nous sommes nombreux à nous demander comment nos sociétés pourront se sortir d’un tel pétrin. Mais ce peut aussi être l’occasion d’entrer pleinement dans le mystère de Noël.

DIEU SEUL PEUT NOUS SAUVER

Cette année de pandémie nous aura rappelé une vérité fondamentale : l’être humain est vulnérable et fragile. Sa prétention à la toute-puissance a été ridiculisée par un petit virus invisible à l’œil nu. Cela pourrait paradoxalement être l’un des bienfaits de cette année d’épreuves : réaliser qu’il est peu probable que l’homme parvienne à sauver la situation par ses seules forces.

Mais alors qui nous sauvera ? Qui nous sauvera de la maladie, de la violence, de la misère, du désespoir, de la solitude, de la mort ? Le vaccin ? Un nouveau président aux USA ? Les manifestations du samedi ? C’est peu probable…

Écoutons plutôt le chant des anges qui retentit en cette nuit de Noël : "Un Sauveur vous est né !". Ce Sauveur s’appelle Jésus, c’est-à-dire "Dieu sauve". Car qui d’autre que Dieu peut véritablement nous sauver ?

N’AYONS PAS PEUR DE DIEU

Encore faut-il que nous le laissions s’approcher de nous. Mais n’avons-nous pas un peu peur de Dieu ? En effet, il est régulièrement présenté comme une menace pour notre liberté, pour notre intelligence, pour notre société plurielle et laïque.

L’actualité récente fournit des exemples significatifs. On peut penser au refus de Radio France, début décembre, de diffuser des spots publicitaires au profit des chrétiens d’Orient, au motif que la religion n’a pas à faire sa propagande sur les ondes publiques. Refus sur lequel le groupe de radio est heureusement revenu suite à de légitimes protestations. Autre épisode symptomatique : la rencontre entre Sarah El Haïry, secrétaire d’État chargé de la Jeunesse, et une centaine de jeunes de centres sociaux, réunis pour parler de la place des religions dans la société. Alors que ces jeunes déploraient le manque d’espaces publics pour parler de Dieu, notamment à l’école, la secrétaire d’État s’est emportée : "Les religions n'ont pas leur place à l'école, un point c'est tout. Vous êtes des mineurs, la laïcité est là pour vous protéger !". Dieu serait-il un danger dont il faudrait se protéger ?

La bonne nouvelle de Noël, c’est que Dieu n’est pas une menace pour l’homme. On ne s’émerveille pas assez de la double nature de ce divin enfant, vrai Dieu et vrai homme. Comment la nature humaine n’est-elle pas désintégrée par la nature divine ? Pour prendre une image qui est encore trop limitée, ce serait comme faire rentrer la puissance d’une centrale nucléaire dans une pile de montre sans que celle-ci se désagrège. Quel insondable mystère !

Mais n’en restons pas seulement à l’émerveillement du ravi. Prenons le temps de réfléchir à ce que cela signifie. La naissance de Jésus nous révèle que l’homme est capable de Dieu. Pour le dire autrement, entre l’homme et Dieu, ça matche ! Comme s’il avait été créé pour ce dessein. Lorsque Dieu modelait Adam dans la nuit des origines, il avait déjà en vue cette sainte et douce nuit où le Verbe se manifesterait dans la chair.

L’enfant Jésus nous révèle aussi quelque chose sur Dieu : la puissance divine n’est pas une puissance de domination qui écrase l’homme. Que le Tout-Puissant se fasse petit enfant est le signe que Dieu ne s’impose pas par la force, mais qu’il attend d’être reconnu et accueilli librement. Un nouveau-né ne fait peur à personne. Au contraire, il attendrit, émerveille et attire. C’est comme cela que Dieu nous offre le salut. Avec une grande délicatesse. L’homme n’a rien à craindre de Dieu !

LE BON PAIN DE NOËL

Et nous, qu’allons-nous faire de cet enfant emmailloté ? Le vrai cadeau de Noël, c’est lui. Accueillons le don du salut, et vivons comme des sauvés ! A peine né, le divin Messie nous livre d’ailleurs le secret de la vie, la vraie. Saurons-nous le découvrir caché dans le tableau attendrissant de la crèche ?

Jésus naît à Bethléem, "la maison du pain". Il est couché dans une mangeoire. Il se livre à l’adoration des bergers qui prennent part à l’intimité de la sainte Famille. L’enfant Jésus est déjà ce pain du Ciel qui vient rassasier la faim des hommes. Dès le début, la vie de Jésus est une vie donnée et mangée. Ce divin enfant nous rappelle la vocation profonde de l’être humain. Ce n’est pas la santé, la longévité, la sécurité ou le confort, mais le don de soi qui l’accomplit. Seule une vie donnée est une vie pleinement humaine.

Notre monde est dans le pétrin ? Filons donc cette métaphore boulangère : c’est dans notre pâte humaine que le Christ s’incarne afin que, comme lui, chaque être humain puisse devenir du bon pain pour ses frères. C’est ça le pain de Noël !

Abbé Jean-Baptiste SIBOULET
Diocèse de Nantes, ordonné en 2017.
Prêtre de la communauté de l'Emmanuel.
Licencié en droit et en ecclésiologie/oecuménisme.
En ministère paroissial à Asnières/Bois-Colombes (diocèse de Nanterre).

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