Denier de l'Eglise du Cantal

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Publié par Paroisse Saint Laurent en Châtaigneraie

​​​​​​LIRE LES LECTURES DE LA MESSE
"L'enfant grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse"

(Lc 2 39-40)

S’il est un thème qui peut être particulièrement sensible ou délicat à aborder ou à vivre dans les familles, c’est bien celui de l’héritage et de la transmission d’un patrimoine. En cette fête, contempler la Sainte Famille, c’est accueillir une leçon qui nous est donnée sur la réception d’un héritage, sa transmission qui inscrit une personne dans une tradition.

Quand on arrive dans une famille, par naissance ou par alliance, on devient récipiendaire d’un héritage, au moins spirituel et moral. Les parents enseignent ce qu’ils ont reçu et appris à leurs enfants ou au nouveau venu dans la famille, ils enseignent des règles de vie, des us et coutumes, etc. Joseph et Marie sont Juifs, et à ce titre héritiers de la Loi, mentionnée cinq fois dans le passage d’évangile que nous avons entendu (Lc 2, 22.23.24.27.39). Abraham et Sara ont reçu de la part de Dieu une promesse, et l’ont gardée dans la foi en attendant qu’elle se réalise… plus de treize ans après, alors qu’ils étaient déjà vieux au moment de l’annonce ! Abraham reçut alors le signe de la circoncision comme héritage de l’Alliance conclue entre Dieu et sa famille, de laquelle naquit une descendance innombrable, dont nous sommes ! Joseph et Marie, donc, ne se soustraient pas à la Loi, au contraire, ils l’accomplissement, jusqu’au jour où Jésus lui-même, ayant reçu la Loi en héritage, aura accompli en plénitude la Loi pour nous la transmettre.

En effet, un héritage n’est pas fait pour se garder jalousement. L’héritage se transmet. Il peut bien sûr s’agir d’un héritage financier, patrimonial, mais aussi moral, de valeurs, ou encore spirituel. Et c’est ici que les familles chrétiennes ont à recevoir de Joseph, Marie et Jésus une belle leçon de foi. Depuis leur Annonciation respective, les parents de Jésus ont vécu dans une communion de foi et d’amour inspirée par l’œuvre de l’Esprit Saint en eux et entre eux. Jésus, bien que Verbe fait chair, n’a pu que grandir dans l’ombre de tendresse et de sainteté qui émanait de ses parents. Aussi, la foi, l’amour de Dieu et du prochain, devenu en Jésus « plein accomplissement de la Loi » (Rm 13, 10), ne trouvent un terreau d’accueil favorable dans le cœur d’un enfant que si cela lui est transmis par l’exemple familial. Beaucoup se désolent aujourd’hui que leur(s) enfant(s) se soit(ent) détourné(s) de la religion. Sans poser aucun jugement, chacun peut s’interroger : quel exemple et quelle pratique ont été enracinées dans leur cœur pour leur donner de se déployer ensuite en grandissant, sachant qu’ils restent profondément libres d’accueillir ou de rejeter ce don ? Un saupoudrage dominical ne suffit pas à construire un chrétien. Une prière, seul dans sa chambre, non plus. La famille est le premier lieu privilégié de l’expérience ecclésiale donc communautaire de la rencontre avec Dieu et de l’accueil de sa Parole de Vie. Il faut aider les familles à reprendre conscience de leur rôle vital dans la transmission de la foi par une pratique communautaire, en famille, de la prière et de la vie de foi.

Car alors, à travers ce qui a été transmis dans son cœur, celui qui a reçu l’héritage peut s’inscrire dans une tradition. Nous l’avons vu, il est cinq fois mention de la Loi dans l’évangile de ce jour. Mais au milieu de ces mentions apparaît un autre acteur, tout à fait surprenant, évoqué quant à lui à trois reprises : l’Esprit Saint (Lc 2, 25.26.27), autour de la belle figure du vieillard Syméon. L’Esprit est celui qui vient donner toute sa consistance à la Loi, en révélant en elle un principe de vie. Si on ne regarde la Loi que comme une liste d’obligations et d’interdits, elle devient alors mortifère. Alors que si, guidés par l’Esprit Saint, comme Syméon, on discerne derrière la Loi celui qui en est la source et l’auteur, Jésus lui-même, celle-ci prend une toute autre dimension, et elle devient guide de vie. Autrement dit, l’héritage reçu est appelé à être transformé. Garder un héritage tel quel, sans surtout le faire fructifier au risque de renier ses parents, c’est, au contraire, trahir ce bien et le laisser mourir. Alors que quand les héritiers travaillent leur héritage, en révèlent la substantifique moelle, leur héritage devient tradition, patrimoine vivant qui se déploie. La Loi s’est ainsi révélée dans l’Évangile, et tout l’héritage biblique, grâce à l’Esprit Saint s’est développé à travers les deux mille ans de théologie et d’interprétation des Écritures, dont nous sommes aujourd’hui les héritiers.

Chers frères et soeurs, les familles sont le lieu d'éveil, d'enracinement et de développement de la foi. De même que les parents n'attendent pas que leurs enfants aillent à l'école pour leur apprendre à compter et à parler, de même, c'est en famille que se posent les fondations de la foi et de la relation vivante au Christ. Ce sont les familles chrétiennes qui sont héritières du message de l'Evangile, que la tradition de la famille-Eglise rend vivant et contemporain. Nos paroisses doivent donc être, pour ces familles, des oasis où elles viennent s'abreuver à la source de la Parole de Dieu et des sacrements, encouragées à servir ensemble les pauvres. Nos paroisses doivent être le visage d'une famille ecclésiale, heureuse de se retrouver entre frères et soeurs, et les familles doivent être reflets de l'Eglise, présence de Dieu communion d'amour dans le monde, image de la Sainte Famille. Que notre Eucharistie de ce jour présente sur l'autel et dans nos prières toutes les familles, particulièrement les plus éprouvées et déchirés, afin de pouvoir témoigner de la joie de l'Amour. Amen.

 

Abbé Gaël Raucoules
Vicaire à la 
Paroisse Sainte-Cécile
Diocèse d'Albi

 

Note de la rédaction :
Nous remercions chaleureusement tous les prêtres que nous sollicitons chaque semaine et qui nous autorisent à diffuser leur homélie, méditation ou commentaire de l'Evangile dominical. L'abbé Gaël Raucoules est un jeune prêtre du diocèse d'Albi. Très actif sur les réseau sociaux, nous l'avions rencontré lors d'un passage sur notre paroisse où il avait présidé entre autre l'eucharistie en l'église Saint-Martin de Marcolès.

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