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Publié par Paroisse Saint Laurent en Châtaigneraie

arton1823.jpgLe 27 février dernier, Monseigneur Bruno GRUA, notre évêque, nous invitait à se réunir à la cathédrale de Saint-Flour pour une messe d'action de grâces à l'occasion du pontificat de Benoît XVI.

 

"Affermis tes frères ! L'Eucharistie est prière d'action de grâces adressée par l'Eglise à Dieu Notre Père, dans le Christ Jésus. Nous n'avons pas le droit de la dénaturer ou de l'utiliser pour en faire entre nous l'occasion d'un éloge, serait-ce à l'occasion du départ du Pape Benoît XVI.


Rien ne serait d'ailleurs plus contraire à l'esprit dans lequel Joseph Ratzinger a voulu vivre son pontificat, lui qui l'a ouvert en se désignant comme un "humble ouvrier dans la vigne du Seigneur" et qui l'achève en s'effaçant dans un geste prophétique que l'histoire retiendra. Il n'a eu de cesse de proclamer la primauté du Christ Jésus. Il avait voulu qu'à la basilique Saint Pierre une croix soit placée entre lui et les fidèles pour bien marquer que le Christ est le centre de la foi et c'est encore l'objectif qu'il se donnait en accordant la première place à la liturgie.

 

Si nous rendons grâce ce soir, c'est d'abord pour le don que le Christ a fait à son Eglise dans le ministère de Pierre, tête du collège des Apôtres. Les paroles du Christ qui s'y rattachent sont parmi les mieux connues de notre tradition catholique : "Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise et les portes de l'Hadès ne l'emporteront pas contre elle... Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux... Quand tu seras revenu affermis tes frères". La tradition catholique, dès ses débuts, a reconnu dans l'évêque de Rome, ville où il est mort martyr, le successeur de Pierre. Elle reçoit ce ministère particulier comme signe de son unité et comme stimulant de son engagement missionnaire. Tête du collège épiscopal, c'est dans la communion avec lui que s'exprime et se vérifie l'unité de l'Eglise. L'occasion nous est donnée ce soir de regarder ce ministère comme une grâce offerte par le Seigneur à son Eglise. Rome n'a pas toujours très bonne presse. Il y a toujours en chacun de nous un gallican qui sommeille... mais d'un sommeil léger et nous sommes prompts à dénoncer un centralisme excessif de l'Eglise qui touche aujourd'hui à ses limites, une curie pontificale censée jouer les gendarmes et serrer les freins. Comment nier que le poids de l'histoire est lourd qui donné à l'exercice de la charge pontificale le visage que nous lui connaissons ? Comment nier que l'esprit du monde obscurcit parfois son rayonnement évangélique. C'est vrai aussi de nos diocèses et de nos paroisses et chacun de nous y a sa part de responsabilité. L'Eglise et la Papauté ont connu des périodes plus difficiles que la nôtre, à cet égard ! La décision que vient de prendre Benoît XVI marquera sans doute une étape dans la recherche d'un mode plus évangélique d'exercice du ministère de Pierre. L'histoire le dira. Il faut reconnaître aussi que des questions difficiles sont encore devant nous qui nous font souffrir, qu'il faudra aborder dans un esprit d'ouverture mais aussi dans le souci de l'unité à préserver. Mais n'oublions pas, en même temps, tout ce que notre Eglise catholique doit aux orientations données, aux décisions prises par les successeurs de Pierre. Sans remonter dans la nuit des temps, c'est à eux que l'on doit la convocation du Concile et toutes les grandes orientations qui ont suivies : une compréhension mieux ajustée de l'Eglise et de son rapport au monde, une écoute renouvelée de la Parole de Dieu, un dialogue oecuménique engagé avec les diverses Eglises, la relation avec les religions non chrétiennes au premier rang dsquelles le judaïsme, une présence à certaines heures décisive sur la scène internationale, un approfondissement de la pensée sociale et les nombreux engagements de proximité envers les pauvres qui en sont nés, le renouveau de la vie religieuse... Certes les papes n'ont pas agi seuls et heureusement. Ils ont entendu les appels des chrétiens souvieux de choix plus évangéliques pour leur Eglise. Ils ont sollicité, dans le cadre des synodes, les conseils de l'épiscopat du monde entieer. Mais l'autorité particulière qui leur est reconnue dans l'Eglise, celle de Pierre, leur a permis d'initier des orientations décisives et irréversibles. Sur bien des points l'Eglise n'aurait pas avancé, comme elle l'a fait, dans l'unité, sans le ministère de Pierre. C'est pour cela que ce soir nous sommes venu rendre grâces pour ce don de Dieu à son Eglise.

 

J'ai retenu deux lectures qui me paraissent illustrer deux points majeurs de la manière dont le pape Benoît XVI a exercé ce ministère. La première est de l'Apôtre Paul. Le Pape est aussi son successeur. Paul s'y compare à une poterie sans valeur "pour que cet excès de puissance soit de Dieu et ne vienne pas de nous." On peut souligner que cette humilité est l'un des traits marquants du pontificat qui s'achève. Il suffisait de rencontrer Benoît XVI quelques instants pour en être impressionné. L'annonce de sa renonciation est dans le droit fil de cette attitude de fond. Mais il ne s'agit pas simplement de souligner l'humilité d'un homme, celle de Paul, celle de Benoît XVI mais il faut encore la regarder comme une attitude intérieur exigée de tous ceux à qui est confiée une part du ministère apostolique. Elle touche à l'essentiel de ce ministère. L'humilité, la dépossession, la renonciation aux pouvoirs du monde, laissent transparaître dans nos vies Celui qui nous envoie et à qui nous voulons consacrer toute notre vie. Nos vies doivent toujours désigner un Autre qui est plus grand que nous, qui est le Seigneur de nos vies à tous. Ce ne sont pas nos caricatures de pouvoir qui peuvent réaliser cela mais notre humilité et notre effacement.

 

La seconde lecture est plus explicite de la mission confiée à Pierre : "Toi, quand tu seras revenu, affermis tes frères." Il m'a semblé que ces derniers mots convenaient tout particulièrement à ce que Benoît XVI a été pour nous. Nous vivons une période de flottement marquée par un grand relativisme de la pensée. Nous sommes prêts à tout entendre, à tout admettre. Nous renonçons, je ne dis pas à atteindre mais même à rechercher la vérité. La pensée de Benoît XVI, son acuité et sa rigueur intellectutelle, sa culture, son insistance sur l'articulation toujours nécessaire entre foi et raison, la cohérence sans calcul de sa pensée et de ses choix nous donnent des bases solides pour construire. Affermis tres frères ! Il n'y a pas là de quoi faire des titres ronflants dans les média. Mais ces soubassements intellectuels solides permettront de fonder des orientations nouvelles pour demain dans les situations inédites que l'Eglise rencontrera. Nous n'avons pas fini l'inventaire de ce pontificat. Sa féconditié apparaîtra avec le temps.

 

Voilà, frères et soeurs, ce que je voulais simplement vous partager au moment où l'humble ouvrier dans la vigne du Seigneur termine sa journée pour se retirer dans le silence du soir.

 

Merci, Seigneur, de nous avoir donné Pierre et ses successeurs. Merci de nous avoir donn Benoît XVI. Nous en avons fait l'expérience, tu donnes à ton Eglise ce dont elle a besoin. Nous nous remettons entre tes mains dans la prière avec confiance."

 

+Bruno Grua 
En la cathédrale de Saint-Flour 
Le 27 février 2013

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