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Publié par Paroisse Saint Laurent en Châtaigneraie

gruaA l’heure où j’écris ces mots des foules innombrables se rassemblent un peu partout en France, habitées par l’émotion suscitée par les évènements odieux de ces derniers jours, intérieurement portées à manifester solidarité et unité, vigilantes face aux menaces qui pèsent sur leurs vies et leurs valeurs.

Hommes et femmes, jeunes et vieux, noirs et blancs, citoyens et dirigeants, juifs, chrétiens ou musulmans, adeptes de diverses philosophies ou idéologies, français ou étrangers parfois engagés eux-mêmes dans des conflits sévères, d’horizons politiques divers, tous ont fait taire leurs divergences l’espace d’un moment pour se retrouver dans des sentiments communs de simple humanité. C’est un moment fort qu’il faut saluer. Les croyants y liront un signe du travail de l’Esprit. C’est la meilleure réponse aux tentatives de déstabilisation qui nous ont secoués. 

Les crimes successifs de cette semaine ont visé des symboles très forts. Je les évoque trop rapidement dans leur ordre chronologique. L’attentat contre Charlie-Hebdo s’est attaqué à la liberté d’expression. Quelle que soit l’opinion que l’on peut légitimement avoir sur la manière et le ton dans lesquels cet hebdomadaire l’exprime, la liberté d’expression constitue une valeur cardinale de la démocratie. Lorsqu’elle est ainsi blessée la liberté de conscience et la liberté religieuse sont aussi menacées. L’assassinat d’une policière résonne comme une attaque directe contre l’autorité de l’état et lorsque l’état est affaibli la loi de la jungle s’impose au profit des plus forts. Le meurtre prémédité de quatre juifs pour la seule raison qu’ils sont juifs fait resurgir les plus horribles souvenirs. Il atteint notre société là où s’enracinent ses valeurs fondatrices. Il veut déliter notre vivre ensemble dans un repliement communautariste apeuré, voire dans une haine meurtrière. 

Ces événements sont pour une large part l’importation chez nous de conflits vécus ailleurs. Chaque jour le terrorisme frappe à travers le monde. Chrétiens, musulmans, juifs en sont souvent les cibles. Les musulmans en sont aujourd’hui les plus nombreuses victimes. Il aura fallu que la violence frappe chez nous pour que nous en prenions une conscience plus vive. 
Passé ce bel élan de sursaut national, la tâche est devant nous. Les autorités de l’état ont la lourde responsabilité d’analyser, d’anticiper, d’agir. Quelle peut-être, quelle doit être, comme communauté chrétienne, notre attitude dans cette situation ? Tout d’abord, et nous ne sommes pas les seuls à le dire, éviter par nos propos et nos attitudes tout ce qui pourrait mettre de l’huile sur le feu, en particulier en procédant à des amalgames et des surenchères. Non les mobiles qui ont poussé ces fanatiques ne doivent pas être identifiés à l’Islam. Oui l’Islam porte d’authentiques valeurs spirituelles d’amour et de paix. Si il a toujours à se purifier, cela est vrai aussi pour nous. Le Pape Jean-Paul II n’a-t-il pas fait repentance il y a quelques années ? Notre mémoire chrétienne se souvient aussi d’événements dramatiques que nous assumons mais auxquels nous ne souhaitons pas être identifiés. Notre attitude doit donc être faite d’humilité, de respect, d’accueil, de dialogue. C’est la meilleure manière d’aider tous ceux qui veulent construire la fraternité. 
Si nous avons à affirmer notre spécificité chrétienne, ce n’est pas dans des crispations identitaires ou dans l’expression de rancunes que nous devons le faire. C’est vrai que nous pouvons avoir parfois le sentiment de ne pas être suffisamment respectés et nous en souffrons. Peut-être les événements de ces jours-ci modifieront-ils le climat sur ce point. C’est vrai que des chrétiens sont persécutés dans le monde et nous souffrons avec eux. Mais notre réponse doit toujours être inspirée de l’évangile. Ne calquons pas notre attitude sur celle que précisément nous reprochons à d’autres. Notre ADN spirituel, que nous tenons du Christ, c’est le respect, la fraternité, le dialogue et le pardon sans condition, même lorsque la réciprocité n’est pas au rendez-vous. Ne sommes-nous pas les fils du Père qui fait lever son soleil sur les bons et les méchants ? (Mt 5,45) Ne cherchons pas à compter les points ou les coups reçus et rendus. S’il en était ainsi nous aurions perdu la partie, quelles que soient les apparences. 

Enfin portons devant Dieu ces événements dans la prière. Lui seul peut apaiser de telles souffrances. Lui seul peut convertir les cœurs. Lui seul peut nous ouvrir de nouveaux chemins de dialogue et de paix.

 

Monseigneur Bruno Grua,
évêque de Saint-Flour

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