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Tous les jours, 
pendant la durée du confinement,
suivez le commentaire de l'Évangile
par Mgr Bruno GRUA

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Publié par Paroisse Saint Laurent en Châtaigneraie

 

Programmation spéciale confinement

LIRE L'EVANGILE EN CLIQUANT ICI
"Tu as été fidèle pour peu de choses,
je t'en confierai beaucoup"
(Mt 25, 14-30)

 

"S'il nous a parlé en paraboles
C'est qu'il savait les voies de notre esprit
Ecorce de la terre ou cerveau d'homme
Même réseau d'ornières et de plis"

Pierre Emmanuel
"Evangéliaire"

 

"Avoir du talent", "faire fructifier ses talents"... Ces expressions viennent bien sûr de la parabole des talents qui ponctue une série de paraboles lues les dimanches précédents, et juste avant la fête du Christ-Roi de l'Univers, qui vient à la fin des temps prononcer le jugement, la célèbre page de Mt 25 qui a inspiré tant d'artistes, et façonné tant de tympans romans (cf Conques).

Un seul talent est une somme considérable (15 années de salaire d'un ouvrier). Les dons de Dieu sont illimités... Les paraboles que nous lisons depuis quelques dimanches répondent à une même mise en scène : le Maître, ou le Roi, s'absente, confie ses biens aux serviteurs, puis revient à l'improviste demander des comptes. Les deux premiers sont allés au bout de leurs capacités. Dieu nous veut libres, l'évangile nous présente comme des intendants, des responsables et non des automates.

Le troisième dit qu'il a été paralysé par la dureté du Maître. Il n'a pas fait sien les biens du Maître. Il a joué la prudence. "Les prudents"... En somme devant Dieu comparaissent deux types de gens : "celui qui a", porteur du capital de sa fidélité active, et "celui qui n'a rien", et, cruauté, qui sera dépouillé de ce qu'il peut lui rester de mérites et d'honorabilité. Le serviteur rejeté n'a rien fait de mal, mais, bien pire, il n'a rien fait. D'un trait, tirons le message, la parabole puise dans le langage des affaires. La vie chrétienne ne se réduit pas à une piété, un vague sentiment religieux, à de bons sentiments, à une religiosité toute individuelle, inopérante et lisse, et parfois fumeuse. Ce sont des sentiments à des gestes communs aux grandes religions de l'Antiquité. la vie chrétienne est un "agir", une mise en pratique, et la grande page du jugement dernier en Mt 25 va dire sa vérité à l'humanité, à chacun de nous. Si "jugement" il y a, c'est le diagnostic de la qualité de notre vie aux yeux de Dieu.

Lucide et implacable le mot du philosophe du 19e siècle : "Les chrétiens ont les mains blanches, mais ils n'ont pas de mains". Le christianisme est tout à la fois une mystique et un "agir", une "praxis" selon le mot d'un autre philosophe... A la suite du Christ, Fils de Dieu, le chrétien devient un autre Christ pour ses frères, celui qui s'offre, qui perd sa vie... Le coeur et le sens de la vie chrétienne se trouvent dans le prologue de saint Jean, articulation du christianisme, en ce célèbre verset 14 : "Le Verbe s'est fait chair et Il a demeuré parmi nous". A l'envers de toutes les grandes religions, et en particulier de l'Islam, avec lequel nous n'avons aucun accord possible sur le mot "vérité", la théologie chrétienne est une mystique de l'Incarnation, fondement de vérité, autrement dit de "l'auto-compréhension" de nous-mêmes, comme disent les théologiens. Dieu se donne sans mesure à celui et par celui qui s'offre sans mesure. Il n'est plus question de ces chimères qui étouffent l'âme et l'essence même de la foi chrétienne : un Dieu qui donnerait à certains, pas à d'autres, ou moins, qui récompense, ou qui punit, avec qui l'on commerce, par un jeu d'offrandes et de faveurs. Les anciens romains d'ailleurs parlaient de la religions comme d'un "commercium". Laissons ces rengaines aux médiocres spirituels qui les ont inventées et aux prédicateurs du "prêchi-prêcha" qui les distillent avec des vibrations plus creuses que profondes.

Car enfin, "Les foules demandaient à Jean : - que nous devons-nous faire ?" - "si quelqu'un a deux tuniques, qu'il partage avec celui qui n'en a pas"... (Luc 4, v10 et ss). Et plus encore, rendez-vous au grand chapitre 25 de Matthieu pour la prochaine fête du Christ-Roi : "J'avais faim, j'avais soir, j'étais nu, j'étais en prison... et vous êtes venus me secourir..."

L'incarnation ? La conscience habitée par la personne de Jésus se déploie vers l'écoute, vers le service, dans l'amour et la miséricorde, certes sur une route exigeante mais convaincante. L'offrande de soi, c'est très au-delà d'une philanthropie, c'est de l'ordre du sacrifice.

Je conclus ces quelques réflexions d'abord par un propos très intéressant du peintre Soulages, écouté sur France Info, au matin du 24 décembre 2019 : "C'est ce que je fais qui m'apprend ce que je cherche". Et ensuite, par ce propose d'une aumônière d'hôpital du diocèse de Saint-Brieuc, lu dans La Croix du 25 septembre 2020 : "A l'hôpital, la meilleure manière de parler de Dieu est d'écouter les gens".

Gérer les "biens" du Royaume, c'est gérer un quotidien : l'écoute, l'amour, le pardon, le service, la justice, la dignité humaine, l'amour préférentiel du pauvre, du fragile et du méprisé... Les "biens" du Royaume, c'est "l'être" même de Dieu qui conforme les consciences et les porte en offrande à l'humanité prochaine et lointaine.

Abbé Jean Cheminade

 

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