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Publié par Paroisse Saint Laurent en Châtaigneraie

Programmation spéciale confinement

Dans l'homélie du 5ème dimanche après Pâques, j'ai proposé une méditation qui couvre l'ensemble du chapitre 14 de Saint Jean, dont nous achevons la lecture en ce 6ème dimanche. C'est pourquoi, je vous propose une sorte d'introduction au livre des Actes des Apôtres que nous lisons de Pâques à Pentecôte. Ce n'est pas à proprement parler une homélie, mais une invitation forte à lire le livre des Actes des Apôtres, riche et essentiel.

 

LIRE LA LECTURE DU LIVRE DES ACTES DES APÔTRES EN CLIQUANT ICI
"Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils reçurent l'Esprit Saint"
(Ac 8, 5-8. 14-17)

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MEDITATION
La fécondité de la Parole

De Pâques à Pentecôte, que nous pourrons, espérons-le, célébrer, la liturgie propose en première lecture le livre des Actes des Apôtres, écrit par Saint Luc, comme la suite de son Evangile. Nous allons concentrer notre attention sur ce livre qui s'ouvre ainsi sous la plume de Saint Luc : "J'avais consacré mon premier livre, Théophile(1), à tout ce que Jésus avait fait et enseigné depuis le commencement...". Le premier livre c'est l'Evangile, et les Actes se présentent comme la seconde partie d'un seul ouvrage dont l'Evangile en effet constitue la première partie.

Je recommande de faire une lecture continue et complète des Actes des Apôtres, un peu comme si on lisait un roman. Il y a au maximum trois heures de lecture. La première partie est la prédication de Pierre, et la deuxième partie celle de Paul avec ses trois voyages missionnaires.

On peut dire que Luc est le premier historien du christianisme. On peut dater Evangile et Actes dans la décennie 80-90.

L'année 70 est cruciale. Destruction du Temple par l'Empereur romain Titus. L'identité du Judaïsme fondée sur le Temple et la Loi vacille. Le courant pharisien, majoritaire, va prendre en charge le Judaïsme autour de la synagogue, sur une ligne doctrinale pharisienne-rabbinique, rigide. L'universalisme biblique va régresser. La séparation intervient avec les chrétiens. Mais le divorce religieux en cours fragilise l'Eglise en la coupant de ses origines. Le propos de Luc sera sans cesse de ne pas couper le christianisme naissant de ses sources. Dans le début de son Evangile, des personnages sont là pour manifester cette transition (Jean-Baptiste, Elisabeth, Zacharie, Siméon, Anne, avec la grande généalogie de Jésus du chapitre 3 de l'Evangile selon Saint Luc). L'origine de la foi des chrétiens se trouve dans l'histoire de Dieu avec Israël. On pourrait citer la magistrale intuition de Blaise Pascal : "Jamais l'Ancien sans le Nouveau. Jamais le Nouveau sans l'Ancien". Pascal rejoint sur ce point les théologiens médiévaux : "Novum in vetere latet, vetus in novo patet" (Le Nouveau se cache dans l'Ancien et l'Ancien se dévoile dans le Nouveau). L'exégète Daniel Marguerat "ramasse" la problématique en une phrase : "Le christianisme est le résultat d'une histoire blessée. Son origine puise dans l'histoire millénaire de Dieu avec Israël, mais sa naissance procède d'une séparation et d'une différence. Le dialogue judéo-chrétien doit articuler conjointement généalogie commune et singularité de l'Evangile" (Daniel Marguerat - "Un admirable christianisme" - Ed. Cabédita - page 17).

Certains n'aiment pas le livre des Actes : monde merveilleux, enchanté, par exemple cet éclair de lumière qui renverse Paul à Damas, etc... Non ! Luc n'est pas naïf. Certains récits sont servis dans une enveloppe littéraire, selon des règles rédactionnelles bibliques. Mais il vaut mieux porter ses yeux sur tous les envoyés du Christ menacés dans leur témoignage : menaces, dénonciations, procès, emprisonnements, coups de fouet, émeutes, fuites précipitées, lapidations, morts. A lire les Actes, on croit parfois ouvrir un journal de faits divers. Luc met en scène des croyants qui deviennent des témoins, par qui il est possible au lecteur d'identifier Dieu. Dieu n'a pas d'autres paroles que les nôtres pour venir à l'existence. Au fil de ces vingt-huit chapitres, le livre des Actes déploie la somptueuse tapisserie des témoins de l'Evangile. Comme il a été dit : de naissance, le christianisme est multitude, nuée chatoyante de visages et d'ethnies. Nous en avons une démonstration dans les lignes de ce 6ème dimanche, avec le voyage de Philippe en Samarie, terre maudite par les juifs. Luc est un peu intéressé par l'aspect institutionnel de "l'expansion" chrétienne. Il s'intéresse au christianisme comme Peuple. C'est ce qui l'intéresse plus que la montée en puissance d'une Institution, même si nous savons que Paul a en particulier le souci d'organiser la communauté chrétienne. Ce qui fait l'unité de ce peuple en construction, c'est la Parole (le Concile Vatican II va privilégier ce schéma dans "Lumen Gentium". Le chapitre sur le "peuple de Dieu" précède celui sur l'organisation hiérarchique de l'Eglise). L'Esprit lui-même est au service de l'expansion de la Parole. "L'Esprit n'était pas encore descendu sur aucun d'entre eux" (Actes 8, 16). La Parole a pris chair en Jésus (Actes 10, 36-37). La Parole "grandit" (Actes 6, 7). Elle "pullule" (12, 24). Elle "gagne du terrain" (13,49). C'est elle que l'on "reçoit" (2, 41). Et que l'on glorifie (13, 48). Les nouveaux croyants sont appelés "auditeurs de la Parole" (4, 14). Il y a un lien intime entre la Parole et le Témoin. Mais ces témoins sont moins les détenteurs d'une Parole à dire que les témoins d'une Parole qui les précède. La Parole agit sur eux plus qu'elle n'est brandie par eux. Le Témoins n'est pas un propagandiste. Il est au service de la Parole. La pensée de Luc est habitée par une théologie de la fécondité de la Parole. La Parole de Dieu ne revient pas sans avoir porté son fruit. Elle féconde.

Nous pouvons laisser à Daniel Marguerat la conclusion : "Les Actes des Apôtres sont un hymne puissant au pouvoir de cette Parole qui, venue du fond des âges, a pris chair, couleur, visage dans le corps du Fils. Le christianisme n'est pas admirable parce que ses agents seraient des héros ravissants, mais parce qu'ils sont les porteurs d'une Parole admirable".

(1) Théophile, textuellement "ami de Dieu". Cela s'adresse en fait aux lecteurs de tous les temps. C'était un procédé dans la littérature antique que de s'adresser à quelqu'un. C'est donc un terme générique. 

Abbé Jean Cheminade

"Comme le vent se fait voix
Dans la grotte qui l'accueille
L'Ineffable se recueille
Pour se nommer Verbe en toi"

Le poète Pierre Emmanuel - "Trintatis speculum"

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