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Publié par Paroisse Saint Laurent en Châtaigneraie

 

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"Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie"
(Jn 14, 1-12)

 

 

Note sur la première lecture, Actes des Apôtres (6, 1-7) :

C'est dans ce seul passage des Actes lu ce jour que l'on a voulu voir une source scripturaire de l'institution du diaconat... C'est aller un peu vite en besogne selon beaucoup d'exégètes... D'autant plus que ces quelques lignes disent peu de choses du profil de cette charge. Il reste que le diaconat est une grande intuition du post-Concile et du Pape Paul VI... Il semble bien qu'aujourd'hui l'on se pose la question de l'extension du diaconat aux femmes... Cela dépendra de l'évolution de la papauté après François !

HOMELIE
"Croyez en moi"

C'est Clément d'Alexandry qui dira que l'évangile de Jean est "l'évangile spirituel". Il y a en effet un "va et vient" incessant et organique entre les sublimes intuitions spirituelles et théologiques de Saint Jean et le ministère de Jésus à travers tant d'événements, de "signes", de dialogues construits comme celui avec la samaritaine. Mais aussi, le texte définitif reflète l'expérience souvent douloureuse de ces longues décennies de vie croyante du 1er siècle. Est-il cependant un seul siècle qui fut confortable pour les Eglises et les croyants ? Selon la parole d'une philosophe du siècle dernier, "nul ne peut désirer vivant la paix du tombeau".

L'Evangile de ce 5ème dimanche, c'est mon option, invite à tout remettre dans la perspective de la foi.

Le message d'amour et de fraternité des évangiles a fracturé en effet le monde ancien. Cette Eglise naissante aime et s'ouvre à tous. C'est pourquoi l'amour est fort et fragile. Saint Jean vient semer l'espérance dans ces contextes sans cesse mouvants des croyants, et parfois tragiques. Mais une Eglise fidèle au Christ peut-elle être assoupie dans le conformisme social et politique ? Avons-nous pris la mesure du dynamisme et de la fraîcheur évangélique de beaucoup de jeunes Eglises d'Afrique, pauvres et servantes...

Revenons à ce chapitre 14, que nous lisons ce dimanche et le suivant. Beaucoup de verbes renforcent le thème du "voyage" : "partir", "aller", "emmener", "revenir". Et le mot "chemin". A l'origine d'ailleurs, on appelait les chrétiens les "adeptes de la voie" (via). Présence incessante de Jésus à nos côtés dans notre pèlerinage terrestre. "Il y a si longtemps que je suis avec vous".

Permanence de la présence de Jésus, maintenant et au-delà du temps : "Je ne vous laisserai pas orphelins". Alors qu'il annonce son départ, Jésus fait part de son don testamentaire : la paix, l'amour, et la promesse de "l'Esprit" pour le temps de l'absence. Croire, aimer. Dans le chapitre 14, on trouve 6 fois le mot "croire", et 10 fois le mot "aimer".

Nous sommes en présence de disciples assaillis par le trouble face à la perspective de la mort et du départ de Jésus. "Que votre coeur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi". Dans le langage sémitique, croire c'est faire confiance à la parole de quelqu'un, s'engager sur cette parole. Voilà ce que demande Jésus. Son départ n'est pas un abandon, mais une mise en route. La mort n'est pas un abandon... Parole d'espérance pour nous. "Nous fermons les yeux des morts, et les morts nous ouvrent les yeux" (l'actrice Marie-Christine Barrault - Télévision 22/10/2010).

"Dans la maison de mon Père il y a de nombreuses demeures"(1). On trouve ce thème dans plusieurs écrits apocalyptiques. Saint Jean "christianise" ce langage. La "maison de mon Père" n'est pas une différence qualitative selon les mérites mais la capacité à l'accueil. Cette cohabitation commence dans notre vie présente de croyants, sur laquelle l'Evangéliste projette l'Espérance. C'est maintenant que l'on bâtit comme l'avant-goût du Royaume. Comme le disait une vieille croyante, depuis son lit, au prêtre venu la visiter : "Je vais partir chez le Bon Dieu... mais si je vais mieux, j'irai chez mon fils à Agen". C'est toujours la famille... La vie éternelle ce n'est pas après la mort, c'est commencé "ici et maintenant" selon le mot du philosophe Spinoza.

La page de ce jour nous met en face de deux objections : celle de Thomas (encore lui !), et celle de Philippe.

Thomas : "Nous ne savons pas où tu vas, comment pourrions-nous savoir le chemin ?". L'objection de Thomas va permettre un saut qualitatif selon cette technique littéraire propre à Saint Jean. Jésus ne répond pas à la question "Où vas-tu ?". Jésus recentre sur sa personne : "JE SUIS" (le même "Je suis" que celui du "buisson ardent"). Je suis la "vie". C'est donc le "chemin" qui devient le thème central. "Passer par Jésus". Autrement dit : marcher dans ses pas, à sa suite. Choisir Jésus comme chemin c'est être dès maintenant du côté de la vie. Celui qui passe par Jésus est déjà dans le Père.

Philippe : "Montre-nous le Père". Cette objection est sans doute un reflet des courants gnostiques de la fin du 1er siècle, d'ailleurs sans cesse renaissants dans l'histoire : accéder directement à la connaissance de Dieu, sans intermédiaire aucun. Le Père se rencontre dans la foi en Jésus, dans l'écoute de sa Parole, et dans une mise en route à sa suite. Philippe est invité à croire, à reconnaître dans l'homme Jésus la manifestation du Père parmi les hommes. Actions et paroles de Jésus sont paroles et oeuvres du Père. Les disciples sont les envoyés de Jésus. Les paroles et les actes ne valent que par l'autorité de l'envoyeur. L'Institution elle-même n'est pas une fin en soi... Elle est au service de la Parole... Quand on l'oublie, on brouille la face de Dieu... et on maquille d'orgueil notre témoignage ! L'Espérance, selon Péguy, est la plus belle des vertus, puisqu'elle délivre l'homme de lui-même, en le disposant sur le chemin de la plénitude, dans le sillage du Christ, Fils de Dieu. Notre pèlerinage terrestre est notre "chemin" de libération par le renoncement à soi-même jusqu'à la mort : l'ultime renoncement. Le Concile pourra dire : "La mort est le somme de l'expérience humaine".

Abbé Jean Cheminade

(1) Anecdotique mais intéressant ! Une émission récente (Public Sénat) réunissait des philosophes et le sociologue Alain Touraine (thème : multi culturisme, universalisme). Touraine faisait référence à cette phrase de l'évangile pour dire que les valeurs dominantes de la Bible étaient orientées vers l'universalisme, faisant se rejoindre idéal biblique et républicain ! En effet... Il y a de nombreuses demeures dans la demeure du Père...

Deux éléments de réflexion :

- "Croire en Dieu n'est pas d'affirmer qu'il existe, c'est décider de lui faire confiance et choisir d'orienter notre vie en fonction de lui ; sur le plan formel la foi n'est pas un jugement d'existence, elle est acquiescement à la venue de Dieu vers nous, et sa venue précède notre assentiment à sa Parole". Joseph Moingt - Théologien (SJ) - "L'esprit du christianisme" - Temps présent 2018 page 249 

- "Nulle part hors du christianisme, vérité divine et chemin spirituel ne coïncident pleinement dans la présence objective d'un homme historique. Mais, en christianisme, Dieu est ce que le Christ dit, montre et fait". François Varillon - Spirituel - "La souffrance de Dieu" - pages 133 à 135

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