______________________________

 

 

 

 

 

Publié par Paroisse Saint Laurent en Châtaigneraie

 

Programmation spéciale confinement

LIRE L'EVANGILE EN CLIQUANT ICI
LE BON PASTEUR
"Je suis la porte des brebis"

(Jn 10, 1-10)

***

Très tôt, l'art primitif chrétien, en particulier celui des catacombes romaines, a reconnu en Jésus le Pasteur définitif : celui qui est plein de sollicitude, de miséricorde, préfiguré dans ce chant d'adoration qu'est le psaume 22 : "Le Seigneur est mon Berger, je ne manque de rien." (1)

 

Dans une époque en train d'évaluer les limites de l'économisme ambiant, à la recherche de sens et d'un nouveau souffle, où tant d'êtres semblent comme la girouette dans le vent, l'évangile du jour vient opportunément rappeler que le christianisme n'est pas une abstraction, une mystique vaporeuse mais Quelqu'un.

Quelqu'un qui porte la passion de Dieu pour l'homme. Au nom de cette passion, et les larmes de Jésus versées sur la tombe de Lazare et Jérusalem en sont à la fois l'expression de tendresse et de désarroi face au refus humain, Jésus, le Fils de Dieu, le sauveur, le berger, vivra une autre passion, sanglante, dans les ruelles de Jérusalem. "Le Père m'aime parce que je donne ma vie".

Nous serions loin du compte d'en rester, comme on a pu le faire, à une vision bucolique de l'allégorie du Bon Pasteur. Ce serait occulter les tragédies du terrifiant siècle dernier qui a vu défiler tant de führer, de duce, de césars, tant de guides sinistres, ces grands chefs de sectes aux vues planétaires et au pouvoir délirant, peu scrupuleux de la personne et de la liberté humaine. Et que dire de bien d'autres... La plupart ont voulu se parer de la figure de guide ou de berger.

Non, celui qui fait monter la colère de ses auditeurs (chap. 8, 9, 10 de Saint Jean) n'est pas souillé par la prétention, par une dangereuse mégalomanie, par l'esprit de domination. Sa croix sera son trône ! Sa royauté est une royauté de service.

Et d'ailleurs, son geste le plus incroyable sera un geste d'esclave : le lavement des pieds, geste qui transmute toutes les valeurs. Jésus nous apprend que l'on est "grand" en se faisant le dernier et le serviteur de tous, en offrant sa vie. Jésus ne nous tient pas pour un troupeau de serviteurs indolents. Il connaît chacun et se laisse connaître de chacun. "Celui qui aime connaît Dieu". Connaissance bien éloignée des rives du psychologisme. Il fait corps avec chacun à qui il se donne en nourriture. "Les brebis elles-mêmes sont les membres du Pasteur" ira jusqu'à dire Saint Augustin ("Missel du dimanche").

A la veille de sa Passion, à quelle table prestigieuse se trouve Jésus à Béthanie ? Chez Simon le lépreux (Marc 14, 3). Tendresse de Dieu pour les exclus, les lointains, les égarés et plus largement "tous ceux qui ne sont pas de cette bergerie". Dieu est un géomètre contrariant. Il s'approche de ceux dont s'éloignent facilement les hommes et même les croyants.

"Je suis la porte des brebis" (Jean 10, 7). Image unique dans les évangiles ! Jésus est venu ouvrir la porte du vrai bonheur... C'est tout l'évangile ! Lorsqu'il est né Jésus a ouvert la porte aux bergers, ces hommes rustres et pauvres, en dehors de la vie sociale et religieuse. Jésus est né en poussant la porte du mépris qui les entourait. Tout au long de sa vie, Jésus a ouvert d'innombrables portes : des gens enfermés dans le malheur, la maladie, la culpabilité, le mépris, une réputation. Jésus a ouvert la porte de la lumière pour des gens que vous connaissez bien : Marie-Madeleine, la pècheresse publique, Zachée, Matthieu, la samaritaine, jusqu'au larron sur la croix... "Je suis venu pour sauver ceux qui étaient perdus". Lorsqu'il est mort, il est ouvert la porte de la vie au-delà de la mort. Et aujourd'hui, Jésus ouvre d'innombrables portes, la porte d'une lumière neuve, d'un bonheur, d'une nouvelle manière de voir la vie, de la réconciliation au sein du couple ou de la famille, la porte de l'espoir après un deuil très sévère, et tant de portes dans un monde bien souvent fermé à double tour, recroquevillé dans les murs des égoïsmes et de l'indifférence. Et aujourd'hui encore, combien de portes s'ouvrent dans les évènements que nous traversons...

Pour tout cela, le Bon Pasteur prend des risques. Et d'ailleurs, l'Apocalypse de Saint Jean éclaire définitivement les choses par un paradoxe : le berger c'est aussi l'Agneau immolé. "L'Agneau qui se tient au milieu du trône sera leur Berger" (Apocalypse 7, 17).

L'appel est clair ! Il reste à chacun d'être le berger de Dieu par un témoignage de service, de don de soi à sa mesure, d'attentions aux autres, de prière, par une activité de communion et d'unité au sein de nos familles humaines, de nos activités d'Eglise, de nos lieux de travail et d'étude où se mêle la diversité humaine.

Chacun est plus encore que prolongateur du ministère de Jésus : propagateur de son Esprit ! S'il y a une mystique chrétienne, c'est celle qui fait de chaque baptisé un autre Christ, un envoyé, un pasteur. Ah ! La belle intuition du poète anglais Coventy Patmore en cet admirable vers :

"Qu'est-ce que Dieu ?
Dieu est celui qui tient l'homme dans sa main.
Et qu'est-ce que l'homme ?
C'est celui qui tient Dieu dans sa main".

Abbé Jean Cheminade

(1) En réalité, l'image du berger avec la brebis sur les épaules provient de l'iconographie de l'ancienne Rome : société latine pastorale, campagne romaine et du Latium où les troupeaux de moutons sont l'essentiel de l'élevage. L'iconographie des catacombes reproduit cette représentation empruntée à la Rome ancestrale, fréquente dans les fresques domestiques.

A méditer...
"... Aussi avons-nous besoin d'un sauveur. Nous les malades, nous avons besoin du sauveur ; égarés, nous avons besoin de celui qui nous guidera ; aveugles, de celui qui nous donnera la lumière ; assoiffés, de la source d'eau vive dont ceux qui en boiront n'auront plus jamais soif.
Morts, nous avons besoin de la vie ;
troupeau, du berger ; enfants, du pédagogue ;
oui, toute l'humanité a besoin de Jésus sinon, mal éduqués et pécheurs,
nous tomberons finalement dans la condamnation".

Clément d'Alexandry (150-211)
Le pédagogue 1, 9

Note sur le "berger" ("pasteur")

1- Le berger conduit à la pâture brebis et chèvres qu'on lui a confiées. Le soir chaque propriétaire regroupe ses bêtes en se faisant reconnaître d'elles. Au temps de Jésus, les bergers faisaient partie du menu peuple. A ceux-là pourtant est annoncée la bonne nouvelle de la naissance de Jésus.
2 - Le berger est dans la littérature universelle, une figure traditionnelle du guide, politique ou religieux. Dans l'Ancien Testament le titre est donné exceptionnellement à Dieu ou aux rois d'Israël.
3 - Comme Dieu, qu'il décrit tel un pasteur plein de sollicitude, Jésus est rempli de miséricorde pour les brebis perdues, sans berger ; il se laisse même frapper, car il a confiance en Dieu qui lui fera rassembler le petit troupeau. Tous ces traits ont été groupés par le IVème évangile dans l'allégorie du Bon Pasteur (Jean 10, 1-30). Les croyants ont vu en Jésus le pasteur définitif.

(Source : dictionnaire du Nouveau Testament - Léon-Xavier Dufour)

Je donne à la quête

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article