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Publié par Paroisse Saint Laurent en Châtaigneraie



Programme spéciale confinement

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LES DISCIPLES D'EMMAÜS

"Il se fit reconnaître par eux à la fraction du pain"
Luc 24 (13-35)

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Luc écrit pour des chrétiens de troisième génération, à des gens imprégnés de culture grecque : comment allait-il présenter la Résurrection aux destinataires de son évangile ? La question reste pertinente pour notre monde technique et sécularisé, bien que souvent indifférent à la question religieuse.

Le récit des pèlerins d'Emmaüs est l'un des plus célèbres de l'évangile de Luc : admirable construction littéraire, force suggestive de son récit, richesse de sa portée théologique. Il a donné lieu à des représentations picturales aussi variées que géniales : Zurbaran, Velasquez, Rembrandt, Caravage. Chacun l'a relu et actualisé selon sa spiritualité propre.

Le thème du chemin qui structure le récit peut être considéré comme une parabole de l'existence et de l'existence chrétienne. Nous pouvons donc retenir quelques étapes de la foi dans son cheminement. 

Le chemin des disciples est d'abord un chemin de désillusion, comme cela arrive... "Le prophète puissant en actes et en paroles" dont ils attendaient la "libération d'Israël" a été crucifié... Le récit de quelques femmes qui n'ont pas trouvé son corps et affirment qu'il est "vivant" n'a convaincu personne dans le monde juif. Et voici que quelqu'un les rejoint sur la route... Il les accompagne, les écoute, puis les invite à croire. "Esprits sans intelligence, lents à croire...". La parole de Paul VI à la fin du Concile : "L'Eglise doit se faire conversation avec le monde". Et il leur explique les Écritures... Luc insiste sur le lent cheminement intérieur qui conduit à la foi dans la reconnaissance du ressuscité. Il souligne que les Écritures ne peuvent être comprises que sous l'éclairage de la Résurrection, au sein de la foi communautaire et d'une lecture en Eglise. C'est dire la maturité spirituelle de la fin du premier siècle, la même qui illuminera le Concile Vatican II, aidant l'Eglise à dépasser les dogmatismes pour se renouveler dans la fraîcheur primitive.

Un désir secret cependant travaille le coeur des disciples, comme cela peut arriver à tout croyant : "Reste avec nous" (24,28).

Et voilà que l'invité préside la table. Le repas retrace mot pour mot les gestes et les paroles de l'institution eucharistique : "Il prit le pain, prononça la bénédiction, le rompit et le leur donna". Jésus semble mettre en oeuvre son propre commandement : "Faites ceci en mémoire de moi". Cette "anamnèse" ouvre les yeux des disciples : le pain rompu et partagé c'est reconnaître la présence vivante de celui qui restera désormais invisible. "Leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent, et lui devint invisible à leurs yeux". Présence qui leur ouvre la compréhension des Écritures. "On peut confesser Jésus toujours vivant, mais sans jamais le saisir et entièrement le décrire, un peu comme ces disciples du jour de Pâques, devant lesquels Jésus s'efface dès qu'ils le reconnaissent". (Charles Perrot, exégète. "Jésus" collection Que sais-je).

La reconnaissance du ressuscité pousse les deux disciples au-dehors. La foi pascale vit de s'annoncer ; elle vit aussi de s'échanger et de se vérifier en communauté. Les deux disciples rejoignent les onze à Jérusalem auprès desquels ils rencontrent la confirmation de leur propre découverte, la parole de foi de la première communauté. "Vraiment le Seigneur est ressuscité et il s'est fait voir à Simon". Le récit d'Emmaüs ouvre le sens de toutes les eucharisties chrétiennes à travers les siècles. Parole de théologie, le Cardinal De Lubac : "L'Eglise fait l'Eucharistie, et l'Eucharistie fait l'Eglise".

Comment Luc allait-il présenter la Résurrection aux destinataires de son évangile ? C'était notre question au début de notre méditation. C'est la question du matin de Pâques. Jésus est-il ressuscité ? Ou, pour reprendre l'ancien langage judéo-chrétien, Dieu l'a-t-il ressuscité ? L'historien ne peut ni l'affirmer ni l'infirmer. L'historien ne demeure pas moins dans son rôle lorsqu'il détecte les nombreux échos de cette foi en la Résurrection dès le départ du Christianisme. Pline le Jeune n'écrivait-il pas ceci en 111 dans sa lettre à Trajan : "Les chrétiens chantent une hymne au Christ comme à un dieu". L’événement de la Résurrection ne peut être que désigné à la suite de ceux qui en témoignent, en convergeant vers la même expérience des premiers chrétiens. Dans sa première aux Corinthiens datant de 54 environ, Saint Paul s'exclame ainsi : "Je vous ai transmis en premier lieu ce que j'ai moi-même reçu... Il s'est fait voir à Pierre, puis aux Douze. Ensuite il s'est fait voir à plus de cinq cents frères... En dernier lieu, il s'est fait voir à moi, l'avorton".

La foi pascale, on le redit, vit de s'annoncer et de se transmettre. Voilà le grand message des témoins d'Emmaüs. Le compagnon innommé de Cléophas porte le nom de chaque croyant... Le tien, le vôtre...

"Sa sève illumine la terre"
(Le poète Pierre Emmanuel)

Abbé Jean Cheminade

Deux mots-clés
"La route" évoque l'inconnu et l'horizon. Elle est le lieu des dangers, mais aussi des découvertes et des rencontres (Sentiers de Saint Jacques). Dans les évangiles et surtout chez Luc et Marc, la route est le lieu de la mission sur laquelle avance la suite de Jésus. Jésus y prêche, guérit, enseigne, dialogue, où il invite à devenir disciple dans le risque et la confiance. Jésus s'y manifeste comme le compagnon et le maître auquel ses disciples sont liés. Jésus se dire le "chemin" et la "voie".
"La maison", le "chez-soi". Nous quittons l'incertitude de la route pour nous retrouver en un lieu d'accueil, de repas et de fête. La table symbolise l'espace de la communion et du service. Les nombreuses scènes évangéliques où Jésus prend place à table, soulevant parfois les cris des "bien-pensants". Par exemple le dîner chez Zachée.

Note sur Emmaüs
Il y a eu et il y a débat sur la localisation de ce village. Quatre lieux en compétition. Il semble qu'il y ait aujourd'hui consensus autour de la ville actuelle d'Amwas.

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