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Publié par Paroisse Saint Laurent en Châtaigneraie

 

 

Programmation spéciale confinement

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« Huit jours plus tard, Jésus vient »
(Jn 20, 19-31)

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HOMÉLIE
"La race éternelle des Thomas"

Pourquoi cette insistance sur les mains et le côté de Jésus ? Seul l'évangile de Jean montre aux disciples les traces du supplice. Pourquoi ? Une historienne du christianisme a intitulé un livre "Du Christ aux christs". En effet, à la fin du 1er siècle, au moment où est rédigé l'évangile de Jean, beaucoup de courants "spiritualisent" le visage du Christ (Christ céleste et éthéré) en oubliant l'Incarnation : il est né, il a marché sur nos chemins, il a sillonné nos bourgs et villages, il a parlé et rencontré des hommes et des femmes, et des enfants, relevé les uns, guéri d'autres, contesté de bien des manières certaines façons de vivre le religieux au sein de la société juive, en particulier l'oppression des élites. Il sera arrêté, jugé, exécuté. Le récit des apparitions rappelle, avec un réalisme à la Goya, que le "Verbe" de Dieu "s'est fait chair", qu'il a "habité parmi nous", comme l'ami, comme le ferment, comme le levain, comme la lumière intérieure qui éclaire et guide nos vies, nos choix de vie, que personne ne peut déterminer à notre place, pour peu que notre conscience soit éclairée par la Parole, pour peu que nous l'écoutions dans l'humilité, au sein d'une Eglise servante et fraternelle.

Il n'est pas possible de dissocier le Christ en gloire de ce que furent sa vie et sa mort, ses paroles et ses actes. On ne peut pas le chercher à le prier à travers des perceptions éthérées, à distance du monde. Il "vint" (passé simple) dit la première apparition aux disciples. Il "vient" (présent de l'indicatif) dit la seconde à laquelle s'est joint Thomas. Il vient et ne cesse de venir... comme en chaque eucharistie.

Il a renversé beaucoup de barrières sociales et religieuses, en appelant les hommes à vivre au plus profond. Il ne cesse de "susciter" et "re-susciter" les hommes. Il vient à nous en nous disant de porter nos yeux sur les plaies de ceux qui donnent leur vie à servir, de celles et ceux en ce moment terrible que nous vivons qui touchent de leurs mains les plaies et les souffrances de nos frères et soeurs. C'est leur "lavement des pieds". "Ce que vous faites au plus petit d'entre les miens c'est à moi que vous le faites". "C'est à l'aune de ces paroles que nous ferons le bilan de nos vies" avait dit Jean-Paul II. Pourquoi en sommes-nous restés souvent à faire de Thomas le chantre du doute, sans voir qu'il nous ouvrait à la vraie perception de Jésus ? C'est un "contresens" comme l'écrivaient en marge de nos versions nos anciens professeurs. "Croire sans voir", nous entrons dans ce que Julien Gracq appellera "la race éternelle des Thomas" ("Un beau ténébreux"). 

Certes, Thomas avait respiré l'air de son temps : un messie triomphant, politique... et l'on se retrouve avec ce crucifié... Il y a chez Thomas, comme chez nous, le légitime désir de vérifier l'identité de Jésus. Il y a chez lui le sincère besoin de dépasser l'apparente contradiction de la gloire et de la croix. Mais nous en sommes tous là, à un moment de nos vies, pour peu que notre foi se fasse recherche dans une conscience irriguée par la Parole et la prière. Faut-il redire les paroles de Paul VI à son ami philosophe Jean Guitton : "Le Dieu transcendant est devenu immanent. Il est devenu l'ami intérieur, le maître spirituel. La communion avec Lui semblait impossible. Mais Il est venu par nous".

Chaque siècle a produit ou reproduit ses "contrefaçons" du visage de Jésus. Ah ! La phrase de Voltaire : "Dieu a fait l'homme à son image, mais l'homme le lui a bien rendu".

Et notre siècle n'a pas été avare de ces "prophètes", de ces "interlocuteurs du divin", aux pouvoirs délirants qu'ils se sont arrogés, plongeant dans la nuit tant de jeunes hommes et de jeunes femmes au coeur généreux. Ces "pseudo-guides" ou "gourous" auto-investis, il en existe, parfois sous des airs patelins et mielleux. "Ouvrons l'oeil et le bon" comme disaient les Dupont et Dupond.

Notre boussole c'est le Christ, celui des évangiles, celui de l'universelle fraternité, celui qui nous veut libres, celui qui a dit, justement en réponse à Thomas : "Je suis le chemin, la vérité et la vie" (14,16).

Merci à Thomas, à Saint Thomas, de nous rappeler tout cela, cette recherche du vrai visage du Christ et mieux : la foi retrouvée de Thomas l'incroyant va au-delà de celle des disciples, puisqu'il donne à Jésus le titre le plus grand des évangiles : "Mon Seigneur et mon Dieu". A travers l'humanité de Jésus, voir Dieu manifesté en gloire.

"Thomas patron de ceux qui doutent
Ta lampe est le coeur du Seigneur
Fais que mon doute soit la route
M'ouvrant la plaie jusqu'à ce coeur".

Le poète Pierre Emmanuel

Abbé Jean Cheminade

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Je donne à la quête

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Fiche technique pour cet évangile

L'évangile de Saint Jean est écrit pour des milieux intellectuels (Ephèse). Saint Jean a le souci de bien mettre en relief le mystère de l'Incarnation. "Dieu fait homme". Pour cela, il a recours à des verbes sensoriels. Par exemple pour l'évangile de ce jour :

VOIR : Le croyant est celui qui fait une expérience sensible, charnelle, concrète de Dieu.

1 Jn (1-3) : "Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché... Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons". "Le spirituel est lui-même charnel" (Emmanuel Mounier). C'est la personne de Jésus qui est le centre du voir. Jean nous donne à contempler le regard de Jésus, sauveur et créateur. (Aveugle-né, Samaritaine).

Jn 14,9 à Philippe : "Qui m'a vu a vu le Père".

TOUCHER : Nombreuses sont les scènes du toucher.

Prologue 1,14 : "Le Verbe s'est fait chair"
9, 6 : la guérison de l'aveugle-né.
12, 3  : l'onction de Béthanie.
13, 2-12 : le lavement des pieds

Le toucher invite au dépassement, au "saut" dans la foi. 20,27 "Avance ton doigt ici et vois mes mains".

Note sur CROIRE : "L'oeuvre de Dieu c'est que vous croyiez en Celui qui l'a envoyé" Jn 6,29. L'oeuvre de Dieu c'est que l'on vienne à la foi. "Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé". Le quatrième évangile est écrit pour croire en Jésus Fils de Dieu. Chez Jean, la foi c'est de reconnaître le Fils que le Père a envoyé, et c'est cette connaissance qui est la vie éternelle.                                                        

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