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Publié par Paroisse Saint Laurent en Châtaigneraie

Programmation spéciale confinement

La Passion en Saint Matthieu XXVI 14 à 27-66

« Qu’est-ce que l’Evangile ? La Passion, avec quelque chose autour… » (Un exégète)

Lire le texte de la Passion, seul(e), ou en famille, chacun prenant un rôle.
Dépouillé du prestigieux pathétique de Jean-Sébastien Bach,
le texte sacré nous est ainsi livré tout nu, dépouillé…

Commentaire (homélie)

La Passion n’est pas un événement du passé. C’est un drame toujours actuel, et les premiers acteurs en sont encore vivants ou revivent en chacun.

Il y a d’abord la foule, influençable et versatile, qui accueille aujourd’hui Jésus avec des cris de joie aux portes de la ville pour le faire roi, et qui le vendredi réclamera sa mort hors des portes de la ville.

Il y a les apôtres qui pensent que Jésus va « prendre le pouvoir », les couvrir d’honneurs. Ce sont eux qui vont sommeiller pendant l’agonie et s’enfuir pendant le supplice.

Il y a Judas, « celui qui devait le trahir », figure inquiète et inquiétante, patron de ceux qui n’aiment pas.

Il y a le bon larron converti de la dernière heure et premier « canonisé » des Saints du Nouveau Testament.

Il y a Ponce Pilate, le haut fonctionnaire, qui ne veut pas d’histoire, plus lâche que méchant, en cette circonstance, bien que sa renommée fût d’être cruel.

Il y a Joseph d’Arimathie, un notable qui ne veut pas se compromettre, mais qui viendra pour la sépulture.

Il y a Caïphe, le grand prêtre politicien qui malgré ses tares conserves le charisme prophétique attaché à sa fonction et déclare dans un oracle, dont il ne saisit pas lui-même la portée, qu’ « il est bon qu’un seul homme meure pour la multitude ».

Il y a les soldats romains, exécuteurs inconscients des hautes oeuvres divines, coopérateurs sans le savoir du dessein de Dieu.

Il y a Simon de Cyrène, un brave homme qui, à la fin d’une matinée de travail, est réquisitionné pour porter la croix du Christ, ne pensant pas que par cette « heure supplémentaire », il aidait Dieu dans sa rédemption du monde.

Il y a Pierre, tendre et bourru, fidèle et lâche qui suit de loin pour voir comment tout cela va finir.

Ces divers acteurs définissent les diverses attitudes possibles à l’égard de Jésus.

  • Chrétiens tièdes qui suivent de loin, prêts à lâcher au moindre incident, sans beaucoup de convictions un peu fermes, girouettes dans le vent.
  • « Fonctionnaires chrétiens » attachés à leur situation et à leur statut plus qu’à la vérité, clercs et laïcs réunis.
  • Militants chrétiens, de toutes tendances, engagés au nom de leur foi comme en un mouvement social ou un parti politique.
  • Baptisés qui sont « partis » sur la pointe des pieds, insatisfaits… et qui parfois s’arrêtent encore « pour prêter l’oreille aux tremblantes vibrations des cloches », selon le mot de Renan.
  • Non chrétiens qui, sans le savoir, aident Jésus à porter sa croix.

En face de ces personnages et de bien d’autres, il y a Jésus toujours vivant.

  • Tous les hommes, trahis par leur entourage, reniés par leurs amis, victimes des retournements de l’Histoire.
  • Tous les hommes affamés, assoiffés, qui manquent de tout, de pain, d’eau, de considération. « La plus grande douleur des pauvres, c’est que personne n’a besoin de leur amitié » (confidence d’une personne indigente au philosophe Maurice Zundel).
  • Tous les hommes qui souffrent du froid et manquent de vêtements, tous les hommes sans toit qui n’ont pas où « reposer leur tête », comme le « Fils de l’homme ».
  • Tous les hommes qui tombent sous leur croix et que personne ne relève. « Qui tombe n’a plus d’amis. Trébuchez seulement et regardez » (proverbe turc).
  • Tous les humiliés, « il n’y a pas de gens qui tombent, il y a des gens que l’on abaisse » (Revue de la Presse, France Inter, 8h30, 17 octobre 2007).
  • Tous les étrangers qu’on refuse d’accueillir, les malades et les prisonniers que personne ne visite.
  • Tous les hommes rejetés, condamnés, suppliciés, tous ceux qui dans leur solitude peuvent dire avec Jésus : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Notre attitude à leur égard doit être celle que nous aurions à l’égard du Christ lui-même, puisque le Christ vit en eux. « Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites ». La Passion n’est donc pas achevée. Le procès est en cours. « Jésus sera en agonie jusqu’à la fin du monde, il ne faut pas dormir pendant ce temps-là » (Blaise Pascal).

Abbé Jean Cheminade
Doyen de la Châtaigneraie

« Je hais la neige
Sa pureté c’est le mirage de Satan
Elle éblouit mais son éclat nous piège
Malheur à qui se croit sauvé en succombant
A la tentation d’être blanc comme neige »

Pierre Emmanuel
(« Evangéliaire »)

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