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Publié par Paroisse Saint Laurent en Châtaigneraie

On peut se reporter au témoignage du Cardinal Jacques Martin qui sera au service de six papes au Vatican dont le Pape Paul VI. Son évêque de Nice (Mgr Rémond) lui avait souhaité de rencontrer sur son chemin "l’homme providentiel qui vous appréciera, vous comprendra, vous aimera, vous attachera à sa personne et vous haussera avec lui au-dessus des ornières, des routines et des banalités". Ce fut, pour lui, le cas jour après jour ! 

Jean Baptiste Montini était issu de la bourgeoisie catholique de Brescia dans le carré magique des villes riches du nord (Bergamo, Mantova, Bologna). 

Son père était médecin. Il sera élevé dans l’esprit du catholicisme social : sensibilité à la vie sociale, aux problèmes sociaux, aux associations d’entraide sociale. L’ensemble de sa famille était dans ces dispositions qui ne le quitteront jamais. Le fondateur de ce courant en France fut Marc Sangnier. Études secondaires au lycée de Brescia, puis au Grand Séminaire de la ville, et enfin à l’Université Grégorienne de Rome. Paul VI avait deux frères dont l’un avocat à Rome. Il était de santé fragile et paradoxalement très résistant. 

La décennie 1924-1933 est fondatrice de sa pensée, et de l’ensemble de sa sensibilité intellectuelle et spirituelle. Il est aumônier du Centre Universitaire Catholique romain, puis de toute la Fédération Universitaire Catholique italienne. Dans cette mission, il sera en quelque sorte l’accompagnateur spirituel de Aldo Moro le grand homme de la Démocratie Chrétienne, son ami, plusieurs fois Président du Conseil, l’homme du centre gauche de ce grand parti et qui sera partisan du dialogue et de l’union des forces (compromesso storico) avec l’autre grand parti italien, le Parti Communiste, depuis longtemps "destalinisé". Moro sera abattu par les sinistres "Brigades Rouges" en juin 1978. Geste inouï : Paul VI ira présider ses obsèques à Saint Jean de Latran. 

De l’avis de beaucoup, ce drame va accélérer la fin de Paul VI qui s’éteint en août suivant à Castel Gandolfo, la résidence d’été des Papes, au terme d’une agonie épouvantable : contorsions, étouffement… 

En 1936, Jean-Baptiste Montini est "Primo Minutante" de la secrétairerie d’État (Premier rédacteur). Puis il en devient le "substitut", c’est-à-dire le principal responsable. Il sera ensuite pro-secrétaire d’État de Pie XII, et archevêque de Milan en 1955. 

Partout, l’homme dominait la fonction. Il mettait toujours le service du Pape au premier plan. Capacité de travail stupéfiante, travaillant une partie de la nuit. Plus tard, en pleine nuit, tandis que le Vatican était plongé dans l’obscurité et le sommeil, une seule fenêtre laissait filtrer un rayon de lumière, celle du bureau du Pape. Il veillait sur la ville… Les Romains se mirent à l’aimer pour sa personne intime… 

Il refusa à Pie XII l’élévation au Cardinalat… et devient en 1955 archevêque de Milan, le plus grand diocèse du monde, la grande cité bourgeoise et industrielle du nord. 

En 1958, le Cardinal Roncalli est élu sous le nom de Jean XXIII, et fait aussitôt Cardinal Mgr Montini dont il était l’ami proche, et qui ne cessa de conseiller le Pape au début du Concile. Jean XXIII lui avait dit au cours d’une audience : "Vous savez bien que si vous aviez eu la pourpre quelques mois plus tôt, c’est vous qui seriez ici à ma place". Jean XXIII convoquait le Concile et, le 21 juin 1963, le Cardinal Montini était élevé à la tiare. Il prit en main le Concile de façon méthodique et résolue. Il sera le Pape du Concile. 

Mais il convient de revenir un instant à Milan où Mgr Montini donna sa pleine mesure. Sa fibre sociale impulsa une pastorale novatrice, explorant des chemins d’entente avec les mouvements de progrès. Il porta aussi son attention sur le monde médical et hospitalier, invitant à investir spirituellement sur la souffrance et le mal. Et de façon plus générale il porta son regard dans toutes les directions où l’homme se construit : la vie intellectuelle, associative, sociale, culturelle. Milan avait à sa tête l’homme de la situation, un pasteur lumineux ! Cela éclaire sans doute un point peu exploré, et le sera-t-il un jour ? Le rapport "Pie XII – Montini" devint sans doute quelque peu tendu, et peut-être en raison même de cette ouverture de Montini aux données sociales, politiques et culturelles de ce nouveau monde en train de naître. 

L’homme : attentif, fidèle dans l’amitié, doué d’un humour subtil. Au Cardinal Casaroli, l’homme de "l’ost-politique" (l’ouverture à l’Est et à la Russie) cette recommandation à son départ pour la conférence sur la sécurité européenne d’Helsinki en 1973 : "Souvenez-vous de Tartarin de Tarascon : couvrez-vous de gloire, mais aussi de flanelle… Il fait froid dans ces pays"

Le 19 mai 1975, il accordait une grande audience aux charismatiques en pleine "ascension"… Après avoir suivi avec une curiosité un peu inquiète leurs gesticulations, il conclut : "Deo gratias ! Ne siamo usciti vivi" ("Grâce à Dieu, nous en sommes sortis vivants"). 

Paul VI suivait de son mieux les affaires de France : lecture de revues, de livres, entretiens privés. Il avait une affection particulière pour la France, ses grands courants de spiritualité, ses théologiens et philosophes. Il était entouré de français, et, bien souvent, notre langue était celle du travail. 

Mais son âme devint douloureuse : la dégradation du catholicisme, des applications contestables du Concile en Hollande et en France… Il dénonça en juillet 1972 les "fumées de Satan"… la défection de nombreux prêtres… En septembre 1970, lisant les interventions des théologiens de la revue "Concilium" en congrès à Bruxelles, il confiait : "C’est la destruction de toute autorité dans l’Église, tout vient d’en bas !"

Et puis il y eut l’irruption de l’intégrisme avec Mgr Lefebvre, qui le fit souffrir jusqu’au bout. Au Cardinal Garrone qui parlait de Lefebvre comme d’un "doux entêté", le Pape répondit : "Doux jusqu’à un certain point, entêté certainement"

Deux traits de son caractère sont très saillants :
- son humilité qui parfois l’amenait à s’en remettre au jugement des autres plutôt qu’au sien. 
- son accueil à tout ce qu’il pouvait y avoir de bon, même chez les défenseurs d’opinions aventureuses. "Anche questi possono insegnarci ad essere più buoni" ("Ceux-là aussi peuvent nous enseigner à être meilleurs"). 

Ai-je parlé de sa longue amitié et de ses échanges lumineux avec le philosophe Jean Guitton à qui il confiait : "Le Dieu transcendant est devenu immanent. Il est devenu l’ami intérieur, le maître spirituel. La communion avec lui semblait impossible. Mais il est venu parmi nous"

Sur le Concile, il parlait avec recul et mesure : "Bien des crises ont été évitées. Un des résultats les plus visibles a été que le Concile n’a pas été suspendu, interrompu, il a abouti, et parfois au-delà des espérances. On peut même dire que l’ensemble des évêques s’est mis à l’école, à l’écoute, et que beaucoup sont surpris qu’en quatre ans leur point de vue ait changé et se soit élargi…" (Entretiens avec Guitton). 

Paul VI avait un amour particulier pour notre grand poète Verlaine, pour lui le plus accompli : "votre Verlaine est le révélateur de ce qui est le plus caché dans notre âme, de ce qui est en chacun de nous le plus tourmenté et toutefois le plus calme, le plus anxieux et le plus épanoui, le plus indicible" (Entretiens avec Guitton). 

Résumons-nous. 

Paul VI, l’homme du Concile. L’initiateur des grands voyages pontificaux. L’homme de l’oecuménisme. L’homme de l’ouverture à l’Est, au-delà du "rideau de fer", par une politique réaliste des « petits pas » qui portera ses fruits. Paul VI, l’interlocuteur des grands de ce monde, et particulièrement le Général de Gaulle. "Il avait tout le monde contre lui, et le monde entier était à ses obsèques"

Sa sainteté est à la fois discrète et tangible, dans le mystère de la joie évangélique, dans l’attention à l’autre, dans l’écoute de l’autre, dans l’esprit de pauvreté, dans le sens de la fidélité et de l’amitié. Sa vie, de bout en bout, est un Évangile ouvert et transparent… 

Dans une homélie prononcée à Munich le 10 août 1978, le Cardinal Ratzinger disait ceci : "Le pape Paul VI était, au fond, un pape spirituel, un homme de foi. Au cours de sa carrière, il avait appris à maîtriser en virtuose les outils de la diplomatie. Mais ceux-ci sont passés de plus en plus au second plan, dans la métamorphose de la foi à laquelle il s’est soumis. Au fond de lui, il a de plus en plus trouvé son chemin simplement dans l’appel de la foi, dans la prière, dans la rencontre avec Jésus Christ. Ce faisant, il est devenu de plus en plus un homme de bonté profonde, pure et mature". L’essentiel est dit ! 

Ouvrages consultés : 
- « Mes six Papes » Cardinal Jacques Martin. 295 p. 1993 
- « Dialogues avec Paul VI » Jean Guitton. 416 p. 1967 
- « Paul VI. La biographie ». Yenio Toscani. 696 p. 2015 

L’abbé Jean Cheminade
Curé-Doyen de la Châtaigneraie

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