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Publié par Paroisse Saint Laurent en Châtaigneraie

Durant le mois de septembre la question des réfugiés n’a cessé de monter en intensité. Nous avons tous vu les files interminables le long des voies ferrées et des barrières de plus en plus difficiles à franchir. Nous avons vu des foules agglutinées dans des gares pour tenter de rejoindre une terre d’accueil après avoir échappé, au prix de mille risques, à la persécution ou à la famine. Nous avons été émus par la photo du petit Eilan tragiquement échoué sur la côte de Turquie. Nous avons été secoués, mobilisés peut-être, par l’appel du Pape François : « que chaque paroisse, chaque communauté religieuse, chaque monastère, chaque sanctuaire d’Europe accueille une famille ».

Je voudrais prolonger cet appel pour notre diocèse en soulignant les motifs proprement chrétiens qui nous font un devoir d’accueillir l’étranger. Cette injonction est aussi ancienne que la tradition judéo-chrétienne et elle l’accompagne depuis ses débuts. C’est un marqueur indélébile de notre identité chrétienne qui mérite, comme d’autres combats, un engagement sans réserve. « L’immigré qui réside avec vous sera parmi vous comme un israélite de souche, et tu l’aimeras comme toi-même, car vous-mêmes avez été immigrés au pays d’Egypte. Je suis le Seigneur votre Dieu ». (Lv 19,34). Faisant allusion à l’apparition de Mambré (Gn 18), l’auteur de la lettre aux Hébreux nous invite à « ne pas oublier l’hospitalité : elle a permis à certains, sans le savoir, de recevoir chez eux des anges » (Hb 13,1). Et le Christ lui-même, s’adressant aux bénis de son Père leur dit : « j’étais un étranger et vous m’avez accueilli…chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25 34-40). Le Saint Pape Jean-Paul II, dans la lettre apostolique par laquelle il ouvre le 3° millénaire, en fait ce commentaire étonnant : « C’est une page de christologie qui projette un rayon de lumière sur le mystère du Christ. C’est sur cette page, tout autant que sur la question de son orthodoxie, que l’Eglise mesure sa fidélité d’Epouse du Christ » (Au début du nouveau millénaire 49). Comment mieux dire que pour un chrétien cet accueil de l’étranger n’est pas matière à option ? Il engage le regard que nous portons sur Dieu, le Père de tous les hommes et notre regard sur le Christ qui prend au milieu de nous la figure du pauvre.

C’est armés de cette conviction forte, puisée au cœur même de notre foi, qu’il nous faut affronter les difficultés concrètes que nous rencontrons inévitablement lorsqu’il s’agit de vivre l’accueil : difficultés pour nos familles, nos associations, nos villages, nos nations. Il ne faut pas les nier mais les aborder avec la ferme intention de les résoudre et non pas pour les agiter comme des épouvantails et susciter la peur. Lorsqu’il s’agit de l’étranger, façonné par une autre langue, une autre culture, une autre religion, il n’est pas difficile de flatter les tentations de repli sur soi, surtout dans une période marquée par les difficultés économiques et les tensions sur l’emploi. Plutôt que d’insister sur les menaces d’éclatement de notre société par une immigration massive, pour une bonne part fantasmée, on peut aussi mettre en avant l’enrichissement du dialogue des cultures et l’apport positif de l’immigration à la situation économique de notre pays. Des économistes, jusqu’à un prix Nobel, soulignent cet aspect de la réalité. Ce qui fragilise notre culture, ce ne sont pas tant les menaces extérieures que l’abandon de nos valeurs au premier rang desquelles l’accueil de l’étranger et le souci des pauvres. Des sacrifices seront sans doute nécessaires. Nos pays plus riches peuvent les supporter. Où nous a t-il été dit que la charité était indolore ?

La peur paralyse et interdit toute réflexion. Une plus grande sérénité permet l’imagination réaliste et généreuse.

Avec le Pape François, je souhaite que les catholiques sachent traduire dans le concret, les convictions d’accueil qu’ils puisent au cœur de leur foi. Qu’ils soient ainsi ferment d’une société ouverte et généreuse.

+ Bruno Grua

J’étais un étranger et vous m'avez accueilli (Mt 25,35)

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