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Publié par Paroisse Saint Laurent en Châtaigneraie

Dans son éditorial du mois de septembre, notre évêque, Monseigneur Bruno Grua, s'interroge sur la crise que vit actuellement le monde agricole :

"L’été qui s’achève aura été rude pour le monde agricole. Les températures sahariennes du mois de juillet ont brûlé nos prairies qui retrouvent tout juste leur couleur ces derniers jours. La fenaison a été légère. Les réserves de l’hiver sont déjà entamées. Des dépenses supplémentaires devront être engagées pour conserver le cheptel !

A ce contexte climatique, que nous ne pouvons pas directement maitriser même si nous en sommes sans doute pour une bonne part responsables en amont, s’ajoute une crise des prix agricoles, conséquence de nos choix collectifs. L’analyse en est complexe : contexte international, politique européenne, évolution de nos habitudes alimentaires, pression de lobbies industriels et commerciaux, organisation du monde agricole et structure de ses exploitations, effacement des valeurs de la ruralité…Tous ces éléments sont mêlés. Ils agissent les uns sur les autres ce qui rend toute recherche de solution particulièrement difficile. Je ne me risquerai pas à une analyse fine pour laquelle je n’ai pas de compétence particulière et que les spécialistes peinent eux-mêmes à maitriser. Ce n’est pas ma responsabilité. Mais je veux dire aux agriculteurs du Cantal la solidarité de l’Eglise diocésaine dans les difficultés qu’ils rencontrent. J’ai visité, au cours de mes visites pastorales, de nombreuses entreprises agricoles, diverses dans leurs productions, leurs dimensions, leur mode d’exploitation. J’ai pu constater que les agriculteurs travaillent dur, à la limite du raisonnable parfois, au risque de fragiliser leurs liens familiaux et sociaux. Bien des conversations me reviennent à l’esprit. Faut-il rappeler que les agriculteurs ont droit, comme tous, à une rémunération décente, celle qui permet de faire vivre décemment une famille, d’assurer l’avenir de ses enfants. Ils ne demandent pas le luxe mais souvent simplement la possibilité de survivre dans leur activité. Il semble que cela ne va pas de soi aujourd’hui. Pourtant la société en a besoin. Ils nourrissent notre population. Ne laissons pas s’installer l’irréversible.

Je retiens simplement quelques idées simples et m’aventure à quelques réflexions que l’on peut ou non partage
r.

La crise n’est pas conjoncturelle. Elle ne sera pas résolue par quelques recettes superficielles. On pourrait pour un temps calmer les manifestations mais elles ressurgiront tant que le monde agricole n’aura pas le sentiment que son travail est reconnu et rémunéré à sa juste valeur. Le système actuel de rémunération fondé sur la distribution de subventions massives a, de ce point de vue, atteint ses limites. Voulons-nous faire de nos agriculteurs une population assistée, aux marges de la société ? La question n’est pas seulement économique. Elle est aussi culturelle.

Dans la longue chaine agro-alimentaire on peut dire que les producteurs agricoles ne sont pas les mieux servis et que les rapports de force ne jouent pas en leur faveur. On a parfois l’impression que les prix de leur production sont fixés par soustraction et que leur revient ce qui reste lorsque tous les autres partenaires ont reçu leur rémunération. Comment permettre une répartition plus équitable ?...quand, dans le même temps leurs charges sont en augmentation constante.

Ne jetons pas la pierre aux uns ou aux autres. Interrogeons-nous plutôt sur nos propres responsabilités. Nous sommes obsédés par notre niveau de vie et prêts à tout pour acheter au moindre coût à l’autre bout du monde. Les pratiques commerciales que nous dénonçons sont le reflet de nos appétits de consommateurs. Depuis cinquante ans la part de l’alimentation dans nos budgets familiaux est passée de 38 à 25%. Pour une bonne part cette évolution s’explique par l’élévation de notre pouvoir d’achat et il faut s’en réjouir. Mais les agriculteurs ont-ils bénéficié de la même évolution ou souffrent-ils de notre résistance à payer leurs productions à leur juste prix ? Il y a là une vraie question de solidarité et de justice dans notre société. Chacun de nous, par ses choix de consommateur, contribue à donner une réponse.

Espérons pour les mois qui viennent une évolution positive, sans tensions sociales lourdes. Les partenaires sont nombreux dans la réflexion à promouvoir et les décisions à prendre. Que prévale, chez tous, l’esprit de solidarité et de justice."

+ Bruno Grua

source : http://catholique-saint-flour.cef.fr

Le monde agricole en crise

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