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Publié par Paroisse Saint Laurent en Châtaigneraie

Le dimanche 16 août, Monseigneur Bruno Grua, évêque de Saint-Flour, a inauguré et béni la statue* de Saint Jacques BERTHIEU en l'église de Roannes Saint-Mary lors de la messe dominicale concélébrée avec l'abbé Jean Chabaud, aumônier émérite de la paroisse cantalienne d'Ile-de-France, le chanoine Pierre Cypières, natif de Roannes Saint-Mary, l'abbé Patrick Joly, curé de la paroisse Saint Laurent en Châtaigneraie et servie par une dizaine de servants d'autel.

Nous pouvions noter, parmi les fidèles venus en nombre, la présence notamment d'une grande partie de la famille du saint Fabre/Berthieu, du chevalier de l'Ordre de Malte Lucien Gerbeau, de Géraud Méral, maire de Roannes Saint-Mary, de Joël Lacalmontie et Dominique Beaudrey, conseillers départementaux du canton de Maurs.

A l'issue du déjeuner, Lucie Dorsy, directrice des archives départementales du Cantal a donné en l'église de Roannes Saint-Mary une conférence pour retracer la vie du saint.

Homélie de Monseigneur Bruno Grua, évêque de Saint-Flour

"Comme chaque dimanche nous sommes rassemblés ce matin pour célébrer le Christ Ressuscité. C’est le cœur de notre foi auquel nous revenons sans cesse. C’est la lumière qui éclaire toute notre histoire et notre vie à chacun. Nous le faisons ce matin dans un contexte un peu particulier, celui d’un hommage rendu à Saint Jacques Berthieu dont nous bénissons une statue. Il a été canonisé par le Pape Benoit XVI le 21 octobre 2012. Nous étions quelques-uns à participer à Rome à cette célébration. Ce jour là l’Eglise reconnaissait en la personne de Jacques Berthieu un saint martyr. C’est le premier canonisé de Madagascar et aussi du diocèse de Saint-Flour (selon la procédure de béatification et de canonisation actuelle). 

Vous le savez, avant d’être jésuite missionnaire à Madagascar, Jacques Berthieu, natif de Polminhac, fut ici, à Roannes, vicaire pendant 9 ans. Le curé d’alors, le Père Jalenques attendait un autre vicaire. Son accueil fut glacial, la collaboration resta toujours difficile. Ce sont des choses qui arrivent ! Elle fut plus confiante avec son successeur l’abbé Lascombes mais l’abbé Berthieu entendit l’appel à une vie religieuse et missionnaire. Entré au noviciat de la compagnie de Jésus en 1873, il rejoignait la Réunion, puis l’Ile Sainte-Marie, puis Madagascar en 1880. La grande Ile traversait une époque troublée. Plusieurs guerres opposent le royaume de Madagascar et la puissance coloniale, la France. Elles se doublent inévitablement de conflits religieux, les pouvoirs traditionnels se sentant menacés par la prédication des missionnaires qui s’opposent aux fétiches et aux idoles. C’est dans ce contexte insurrectionnel que les Menalamba finiront par fusiller Jacques Berthieu le 8 juin 1896.

Cet événement aurait pu être oublié ou comptabilisé parmi les innombrables faits divers qui ont marqué cette triste conquête coloniale. Mais il prit la dimension d’un martyre car il fut l’occasion pour Jacques Berthieu du témoignage ultime. A ceux qui le pressaient de renier sa foi pour le culte des idoles contre la promesse de faire de lui leur chef, Jacques Berthieu répondit : « Je ne puis consentir à cela, je préfère la mort ».

Cette parole de Jacques Berthieu nous conduit à nous interroger sur le sens profond du martyr. Dans une période de relativisme comme la nôtre, nous avons du mal à comprendre un choix aussi absolu. Y a-t-il une cause qui mérite de lui sacrifier sa vie ? Mourir pour ses idées, d’accord mais de mort lente, chantait Brassens ! Le martyr est souvent perçu comme celui qui va jusqu’au bout de ses idées, de ses engagements, jusqu’à donner sa vie s’il le faut. Le mot martyre est utilisé aujourd’hui à tort et à travers jusqu’à prétendre honorer le crime de ceux qui, avec leur ceinture d’explosifs, entrainent avec eux de nombreuses victimes dans la mort.

En réalité ce mot « martyr » appartient essentiellement à la terminologie chrétienne. Il signifie « témoin ». Il est utilisé pour la première fois dans la religion chrétienne par le livre des Actes des Apôtres : "vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre" (Ac 1,8). Le mot martyr n’évoque donc pas d’abord la souffrance, la mort violente, le sang mais le témoignage. Mais le témoignage ultime est souvent passé par le don de la vie du témoin, non pas parce qu’il l’aurait cherché mais parce que l’adversaire le lui a imposé, dans l’empire romain d’abord puis sous toutes les latitudes à travers les siècles.

Quel est ce témoignage ultime confié à l’Eglise ? C’est le témoignage rendu au Christ Ressuscité. C’est le message central de la foi chrétienne. Le critère pour le choix d’un douzième apôtre qui remplacerait Judas c’est que cet homme les ait accompagnés « tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu parmi eux, depuis le commencement jusqu’au jour où il fut enlevé. Il faut que l’un d’entre eux devienne, avec nous, témoins de sa résurrection ». Voilà le témoignage de l’Eglise. Il peut s’exprimer de mille manières. La prédication en est une. Mais il trouve sa forme ultime dans l’offrande de sa vie car elle exprime la certitude du témoin de recevoir de Dieu dans la Résurrection la vie qu’il lui offre. Si les martyrs, à travers les siècles et parmi eux Jacques Berthieu ont eu le courage de donner leur vie, ce n’est pas d’abord par fidélité à eux-mêmes, à leurs convictions mais parce qu’ils étaient habités intérieurement par la certitude que celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts rendrait la vie à leur corps mortel. Cette certitude est un don de l’Esprit-Saint. C’est le don de la foi. Ainsi le martyr constitue-t-il bien l’ultime témoignage rendu au Christ ressuscité. Ce témoignage a porté dans la vie de l’Eglise. Le sang des martyrs, disait Tertullien, est semence de chrétiens. Parmi les six assassins du Père Berthieu, trois furent fusillés par l’occupant français, trois furent baptisés dans la foi chrétienne. Et nous accueillons aujourd’hui chez nous des prêtres et des religieuses malgaches.

Offrir une statue en l’honneur de Jacques Berthieu a du sens. C’est plus bien sûr qu’un geste esthétique. Ce serait bien court. C’est plus que l’évocation d’un passé, d’une belle aventure. C’est le rappel d’une présence puisque le témoignage même de Jacques Berthieu c’est celui d’une vie par delà la mort dans le Christ Ressuscité. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi je demeure en lui…celui qui mange de ce pain vivra éternellement ». Un saint n’est pas simplement une figure du passé. C’est un vivant qui continue de soutenir, de guider l’Eglise.

Nous confions donc votre paroisse à la prière de Jacques Berthieu. Nous lui demandons de poursuivre pour vous aujourd’hui, ce qu’il a fait hier ici et poursuivi là-bas jusqu’au don total de sa vie.

Nous lui demandons pour chacun de nous la grâce d’être de vrais témoins du Christ, prêts nous aussi à livrer notre vie. Sans doute pas de la même manière qu’il l’a fait lui et personne ne peut souhaiter persécutions et violences. Mais il y a bien des manières d’être martyr c’est-à-dire témoin de l’Evangile, dans nos choix de vie, dans nos engagements, dans nos combats pour la dignité absolue de l’homme promis à la résurrection, dans nos paroles aussi parfois lorsque l’occasion nous en est donnée, dans l’Espérance partagée d’une vie sans fin. Bien sûr les formes du don de nous-mêmes sont diverses mais nous sommes tous appelés à témoigner avec courage, sans compromission, sans reniement. Même si nous sommes incompris de la société et de notre entourage. Notre certitude de foi doit être plus forte que toutes les facilités que nous susurre l’air du temps.

Oui, en entrant dans cette église, en priant devant cette statue, demandons au Seigneur de faire de nous ses témoins, à l’image de Jacques Berthieu, pour la fécondité de l’Eglise et la joie des hommes."

* La statue se trouve dans le chœur de l’église. Elle a été réalisée par un sculpteur de Bavière (Allemagne), en bois de tilleul marouflé.
* La statue se trouve dans le chœur de l’église. Elle a été réalisée par un sculpteur de Bavière (Allemagne), en bois de tilleul marouflé.
* La statue se trouve dans le chœur de l’église. Elle a été réalisée par un sculpteur de Bavière (Allemagne), en bois de tilleul marouflé.
* La statue se trouve dans le chœur de l’église. Elle a été réalisée par un sculpteur de Bavière (Allemagne), en bois de tilleul marouflé.
* La statue se trouve dans le chœur de l’église. Elle a été réalisée par un sculpteur de Bavière (Allemagne), en bois de tilleul marouflé.
* La statue se trouve dans le chœur de l’église. Elle a été réalisée par un sculpteur de Bavière (Allemagne), en bois de tilleul marouflé.

* La statue se trouve dans le chœur de l’église. Elle a été réalisée par un sculpteur de Bavière (Allemagne), en bois de tilleul marouflé.

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